Afghanistan : clôture des inscriptions électorales juste sous la barre des 10 millions

16 août 2004

Le processus d'inscription électorale pour les élections présidentielle et législatives afghanes a pris fin hier en ayant quasiment fait le plein des électeurs estimés à 10 millions, au moment même où une flambée de violence entre factions a repris dans la province d'Herat.

A la fermeture des bureaux d'inscription électorales, « le nombre d'Afghans inscrits s'élève à 9 911 716, dont 58,2% d'hommes (5 764 338) et 41,8% de femmes (4 147 378) » a déclaré le porte parole de la MANUA, la Mission d'assistance des Nations Unies en Afghanistan, Manoel de Almeida e Silva dans un communiqué publié le 15 août.

Afin de pallier le début tardif de l'inscription dans certains districts, l'Organe mixte d'administration des élections (OMAE) a cependant décidé d'accorder une prolongation spéciale dans le Sud-Est, et dans les cinq provinces du Sud du pays, Zaboul, Kandahar, Helmand, Ourouzgan et Nimroz dont les bureaux d'inscription resteront ouverts jusqu'au 20 août.

Certaines de ces régions ont des taux d'inscription bien inférieurs à la moyenne, indique le communiqué de la MANUA qui cite en exemple Zaboul où, au 1er août, il n'était que de 30%.

Répondant aux questions des journalistes concernant le risque d'inscriptions multiples et l'ampleur de ce phénomène, le porte-parole a fait observer que, dans tous les pays, l'établissement de listes électorales fiables était très compliqué et que cela l'était d'autant plus en Afghanistan, qui était confronté pour la première fois au problème.

« Ces infractions sont illégales et punissables d'amende et d'emprisonnement », a-t-il cependant rappelé.

Du point de vue pratique, rappelant que le premier convoi de 95 tonnes de matériel électoral, dont 30 000 urnes de vote, était arrivé à Kaboul en provenance du Danemark, Manoel de Almeida a ajouté que « quel que soit le nombre de cartes électorales » dont disposaient les électeurs, ils ne pourraient voter qu'une fois » dans la mesure où chaque électeur devrait tremper son pouce dans l'encre lors du vote et que cela permettrait de détecter s'il cherchait à voter une nouvelle fois.

Interrogé sur les combats qui opposent plusieurs factions dans la province d'Hérat, à Shindand, le porte-parole a répondu qu'il « ne disposait pas d'informations sur les activités militaires » en cours.

Selon les informations parues dans la presse, 22 personnes ont trouvé la mort lors d'affrontements entre des factions ayant prêté allégeance à Ismaïl Khan, le gouverneur d'Hérat et un de ses plus puissants seigneurs de guerre, et des commandants rivaux, qui tentaient de s'emparer d'une base aérienne, malgré leur attachement déclaré à Hamid Karzaï, le Président de l'Afghanistan.

« Deux manifestations ont eu lieu à Hérat hier », a précisé le porte-parole de la MANUA, qui ont rassemblé d'une part près de 300 étudiants de l'Université d'Hérat, et d'autre part près de 70 femmes réclamant l'arrêt des hostilités et le retour de la paix.

« Bien sûr, cela n'est pas bon » pour le processus électoral, a-t-il précisé tout en soulignant que la population n'approuvait pas cette situation et que le Gouvernement afghan allait prendre des mesures à cet égard.

« Ce qu'il faut garder à l'esprit, c'est que ces élections sont pas historiques en ce qu'elles constituent la première élection présidentielle », et pas seulement parce que l'inscription a rassemblé près de 10 millions de personnes, a déclaré Manoel de Almeida.

« Je pense qu'il est important de participer non pas 'pour le plaisir' mais pour apporter un changement. Les gens veulent abandonner les années de violences, [...] cette violence que vous constatez ces trois derniers jours », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le porte-parole a rappelé que l'Expert indépendant pour les droits de l'homme, Cherif Bassiouni, était arrivé en Afghanistan pour une mission d'une semaine.

et avait rencontré le Représentant spécial du Secrétaire général, et chef de la MANUA, Jean Arnault, ainsi que la division des droits de l'homme de la Mission.

Pendant sa visite, le professeur Bassiouni fera porter plus spécialement son attention sur la situation dans les prisons et les droits des détenus, l'exercice du droit politique, les droits des femmes, l'éducation sur les droits de l'homme ainsi que la justice en période de transition, a indiqué le porte-parole vendredi dernier.

Il apportera également son aide au gouvernement de transition et à la Commission afghane et indépendante des droits de l'homme et travaillera en étroite collaboration avec eux à l'élaboration d'un programme qui garantisse le respect total et la protection de ces droits, a-il ajouté.

 

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