Le bilan de l'Ituri, un des plus désastreux du monde, selon la Mission de l'ONU en R.D.C.

Le bilan de l'Ituri, un des plus désastreux du monde, selon la Mission de l'ONU en R.D.C.

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En 2003, au moins 8 000 civils ont été tués en Ituri, province orientale de la République démocratique du Congo (RDC), plus de 600 000 personnes ont dû fuir, des atrocités sans nombre ont été commises et les obstacles sont loin d'être tous surmontés, indique un récent rapport de la Mission de l'ONU qui insiste pour que la communauté continue à apporter son aide.

Un rapport récemment rendu public et rédigé par la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (RDC), la MONUC, fait le bilan de la situation des droits de l'homme dans le district de l'Ituri, une province orientale de la RDC et aujourd'hui « l'un des plus désastreux du monde après avoir été longtemps l'un des plus méconnus ».

Dans sa lettre accompagnant la transmission du rapport au Conseil de sécurité, le Secrétaire général indique être toujours gravement préoccupé « face à la persistance des violations des droits de l'homme en République démocratique du Congo et, en particulier, à l'impunité dont jouissent les auteurs des crimes commis contre les citoyens de ce pays. »

D'après les enquêtes menées par la MONUC et diverses associations de défense des droits de l'homme entre janvier 2002 et décembre 2003, quelque 8 000 civils – probablement plus en réalité – ont été victimes de meurtre délibéré ou de l'emploi aveugle de la force.

Il est impossible pour le moment de fournir une estimation du nombre de femmes qui ont été violées ou mises en esclavage sexuel, poursuit le rapport. D'innombrables femmes ont été enlevées, les unes pour être gardées comme « épouses de guerre » et les autres pour être violées ou soumises à des sévices sexuels avant d'être relâchées.

Plus de 600 000 civils ont été forcés de fuir de chez eux. Des milliers d'enfants âgés de 7 à 17 ans ont été enrôlés de force ou volontairement par des groupes armés, ce qui a mis leur vie en danger et les a privés d'enfance. Des villages entiers représentant tous les groupes ethniques ont été détruits de fond en comble : maisons, installations médicales, écoles et autres équipements publics.

Ces violences ont été commises en toute impunité par tous les groupes armés de l'Ituri ainsi que par plusieurs mouvements extérieurs tels que le MLC (Mouvement pour la libération du Congo, basé dans la province de l'Equateur et dont le chef « historique » est Jean-Pierre Bemba), la RDC, le RCD-ML (Rassemblement congolais pour la démocratie-Mouvement de libération, favorable au gouvernement) et le RCD-N (Rassemblement congolais pour la démocratie-National).

Le Gouvernement congolais d'avant la transition et les Gouvernements rwandais et ougandais ont , quant à eux, concouru à cette violence généralisée en fournissant aux groupes armés locaux, à un moment ou à un autre, des armes, un entraînement militaire et des conseils, affirme également le rapport.

« La Force multinationale intérimaire d'urgence (opération Artémis), déployée par l'Union européenne, puis la brigade de l'Ituri de la MONUC que le Conseil de sécurité a investie d'un mandat relevant du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies (c'est-à-dire autorisant l'emploi de la force dans certaines situations) ont certes contribué à réduire à la fois l'intensité du conflit et la capacité d'agir des groupes armés locaux », indique-t-il.

Il souligne toutefois que le nombre des obstacles à surmonter reste important « si l'on veut faire cesser la violence et les exactions, rétablir entre les communautés les liens nécessaires à l'instauration d'une paix durable et mettre en place les institutions qui permettront de mieux protéger les droits de l'homme et de mettre fin à l'impunité complète dont jouissent les auteurs de ces actes. »

Pour cela, indique la MONUC dans son rapport, le Gouvernement de la République démocratique du Congo doit pouvoir compter sur l'aide de la Communauté internationale. Elle fait observer que s'il y a eu quelques timides tentatives de rétablissement d'une certaine présence de l'État dans l'Ituri, où un petit groupe de magistrats et de policiers a été récemment déployé, ni ces magistrats ni ces policiers n'ont les moyens, pour le moment, de faire régner l'ordre dans le district.

Il importe donc au plus haut point, que le mandat de la MONUC continue de s'inscrire dans le cadre du Chapitre VII afin qu'elle puisse contribuer au rétablissement de la sécurité, insiste la Mission avant de consacrer une soixantaine de pages à l'historique détaillé des atrocités commises dans la province.

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