« Le Darfour doit être englobé dans le processus de paix soudanais »

« Le Darfour doit être englobé dans le processus de paix soudanais »

M. Francis Deng
La solution aux problèmes du Darfour passe par un cessez-le-feu global et une meilleure compréhension de la complexité d'un pays en proie à des mutations profondes qui vont au-delà des stéréotypes, a expliqué aujourd'hui l'envoyé du Secrétaire général pour les personnes déplacées, qui prévient toutefois que l'envoi d'une force multinationale autre qu'africaine pourrait déclencher une guérilla fomentée de l'intérieur comme de l'extérieur.

« Le principal problème, à mon avis, est de savoir comment le Gouvernement aborde la question des Janjajouites, et je pense qu'il m'a été présenté un tableau détaillé des dilemmes auxquels est confronté le Gouvernement », a indiqué aujourd'hui Francis Deng, le Représentant spécial du Secrétaire général pour les personnes déplacées, lors d'une conférence de presse donnée au siège de l'ONU à New York.

« Compte tenu de la coopération, réelle bien que niée, entre le Gouvernement et les Janjaouites contre les rebelles, il est difficile pour le Gouvernement soudanais d'opérer un virage à 390 degrés, et de les qualifier de 'criminels qui devraient être désarmés et punis' », a poursuivi M. Deng, lui-même Soudanais et revenu du Darfour lundi dernier.

En revanche, a-t-il précisé, le Gouvernement est plutôt réceptif à la coopération de la communauté internationale, via l'Union africaine (UA) et « à l'idée d'accroître [la] présence [des forces africaines] ainsi que d'élargir leur mandat à la protection de la population civile », a-t-il ajouté.

Mettre « l'accent sur la coopération est important », aux yeux de Francis Deng, « car elle donne au gouvernement une sorte de cadre pour gérer les Janjaouites en échappant aux contradictions auxquelles j'ai fait référence. »

Parallèlement, a-t-il toutefois souligné, « le Gouvernement craint que gérer les Janjaouites sans contenir les rebelles puisse entraîner un déséquilibre en faveur des rebelles. Ce qu'il faut donc pour parvenir à une sorte de neutralisation générale, c'est intégrer aussi les rebelles, obtenir un cessez-le-feu durable » et ouvrir avec eux des négociations sérieuses.

Surtout, a insisté M. Deng, il faut examiner la situation dans un cadre plus général. « Nous sommes très préoccupés par le Darfour à présent, mais en réalité ce qui s'y passe n'est pas nouveau dans le pays », a-t-il indiqué, rappelant que les mêmes événements se déroulent depuis des décennies dans le Sud du pays : le déploiement de tribus, de milices, arabes et autres, menant des guerres par procuration contre les rebelles.

Se référant à un Soudan qui a longtemps été décrit « de manière simpliste » comme un pays « découpé entre le Nord arabe et musulman, et le Sud, africain, animiste et chrétien », le Représentant spécial a souligné qu'à présent, « nous voyons que certains éléments, regroupés sous l'étiquette arabe, musulman du Nord, s'identifier de manière différente et se rebeller contre une marginalisation assez semblable à celle du Sud. »

Historiquement, a-t-il précisé en réponse à un membre de la presse, « si un individu était arabophone, musulman et s'il s'imaginait être de sang arabe, alors il se sentait supérieur à la population africaine du Sud qui était une cible légitime de l'esclavage ».

Mais selon lui, cela est en train de changer. « Les éléments africains du Nord, qui sont pourtant musulmans, commencent à se rendre compte de la marginalisation et de la discrimination dont ils sont l'objet », a souligné Francis Deng. « Cela montre au gouvernement qu'il existe une quête pour l'égalité au sein du pays. »

« Et pour moi cela signifie que ces crises, en dépit de leur caractère douloureux, font partie d'un processus d'édification de la nation qui recèle la promesse de l'unité du pays plutôt que la division entre le Nord et le Sud » a indiqué le Représentant spécial du Secrétaire général.

Répondant à une question d'un journaliste portant sur « le moyen le plus simple de résoudre la crise », M. Deng a estimé que cela serait d'engager le Gouvernement soudanais à coopérer avec la communauté internationale. La pression a permis d'obtenir une réponse positive de la part du Gouvernement, en ce sens qu'il est désormais plus disposé à coopérer avec la communauté internationale qu'il ne l'a jamais été, a-t-il fait remarquer. « Qu'il le fasse effectivement ou non, c'est ce qu'il reste à voir », a-t-il cependant ajouté.

Soulignant « qu'il ne fallait pas réinventer la roue » et que le contenu de l'accord de paix portait aussi sur la région du Mont Nouba et du Nil bleu, qui sont musulmanes et qui se trouvent au Nord, et qu'il prévoyait d'étendre aussi certaines de ses dispositions au Darfour, M. Deng a insisté pour l'adoption d'une vision d'ensemble.

Interrogé sur les déclarations du Ministre des Affaires étrangères du Soudan selon lesquelles, si une force internationale entrait dans le pays, elle serait attaquée, M. Deng a indiqué que les Soudanais faisaient une distinction entre une présence de l'Union africaine, même soutenus par la communauté internationale, et l'envoi de forces par la communauté internationale, dans le cadre de la Charte des Nations Unies.

« C'est de ces dernières que parle le Ministre », a précisé M. Deng, ajoutant que l'on prédisait, au Soudan, que dans ce cas, il y aurait un mouvement de résistance. « Et qui sait ? Il existe de nombreux extrémistes, des islamistes, des éléments arabes, ailleurs, qui pourraient vouloir entrer dans le pays [...]. Que ce soit une résistance du Gouvernement ou une résistance spontanée du type de celle que l'on peut voir ailleurs, c'est un détail » a-t-il déclaré.

Interrogé sur le fait de savoir si la guerre en Iraq avait rendu plus difficile la possibilité d'intervenir dans un pays, M. Deng a répondu qu'en toute hypothèse, il fallait considérer le Soudan dans sa totalité. « Les Etats-Unis par exemple ont joué un rôle majeur dans la promotion de la paix dans le Sud du pays. Il est difficile d'imaginer que des pays qui ont joué un rôle de négociation pourraient jouer un rôle d'affrontement au Darfour et espérer pouvoir jouer un rôle constructif dans le processus de paix », a-t-il fait observer.

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