Louise Arbour en faveur de l'application d'un droit humanitaire dont l'universalité ne souffre pas d'exception

22 juillet 2004

La Haut Commissaire aux Droits de l'homme a exprimé aujourd'hui sa conviction qu'il ne fallait rien céder en ce qui concerne l'application des droits de l'homme et l'affirmation de leur universalité. Interrogée sur l'opportunité d'une intervention militaire du Royaume-Uni au Darfour, elle a indiqué que, quelle que soit la nature de l'intervention, il fallait être prêt à agir si le Gouvernement du Soudan n'assurait pas la protection de sa population.

« Vous ne serez pas étonnés d'apprendre que je crois profondément en la valeur de la justice, du respect de la loi et de son application », a déclaré aujourd'hui la Haut Commissaire aux droits de l'homme, Louise Arbour, lors d'une conférence de presse à l'ONU à Genève.

Elle a souligné que le cadre législatif établi depuis près de 60 ans en matière de droits de l'homme constituait à son avis une base suffisamment solide pour assurer à chaque être humain le respect de ses droits fondamentaux et la protection à laquelle il croit pouvoir s'attendre.

« Paradoxalement, alors que la prise de conscience des droits de l'homme atteint aujourd'hui une ampleur inégalée, nous continuons d'être les témoins chaque jour et à une grande échelle, de violations massives, d'atrocités, de crimes de guerre, de persécutions, de discriminations, autant d'actes inacceptables, encouragés et commis pourtant en toute illégalité et en toute impunité et bien souvent par ceux qui possèdent les rênes du pouvoir et de l'influence », a-t-elle fait observer.

La nouvelle Haut Commissaire a insisté sur l'importance de l'application de la loi. Ne pas l'appliquer est, à ses yeux, un affront pour ceux qui s'y conforment et une trahison pour ceux qui attendent d'elle qu'elle les protègent. Elle a indiqué qu'elle considérait comme une opportunité le fait que précisément il y ait tellement de monde qui se tourne vers des institutions telles que le Haut Commissariat aux droits de l'homme pour défendre les principes auxquels ils croient et veulent voir respectés.

Dans un tel contexte, Mme Arbour a estimé indispensable de poursuivre la lutte entreprise par ses prédécesseurs contre toute atteinte au respect des principes et des droits fondamentaux. Elle a exprimé son intention de porter une attention toute particulière aux cas des êtres humains les plus vulnérables, les plus pauvres.

Interrogée sur la résolution de l'Assemblée générale demandant qu'Israël se plie à l'avis consultatif de la Cour internationale de justice qui a déclaré illégale la construction d'une barrière de séparation en Cisjordanie et sur son pourtour, Mme Arbour a répondu que l'on assistait au déploiement d'un processus judiciaire très complet que cela soit à la CIJ, à la Cour suprême israélienne ou encore à l'Assemblée générale.

Toutes ces autorités vont dans la même direction et indiquent que la barrière, dans sa forme actuelle, doit être supprimée, a-t-elle fait remarquer.

« Il est important pour le Gouvernement d'Israël qu'il entende la voix politique et judiciaire extrêmement forte qui l'invite à envisager des moyens plus respectueux des droits des Palestiniens pour assurer sa très fragile sécurité », a-t-elle déclaré.

Sur le dossier iraquien, Mme Arbour a indiqué que le Haut Commissariat aux droits de l'homme avait toujours été présent quand cela avait été possible et qu'elle espérait certainement retourner en Iraq dès que cela le serait à nouveau. Elle a ajouté que ses services se tiendraient prêts à aider le processus constitutionnel « de quelque façon que les Iraquiens puissent trouver utile. »

A propos du procès de Saddam Hussein, la Haut Commissaire a indiqué notamment qu'il fallait être très attentif à la conformité du déroulement de la procédure judiciaire en matière pénale, notamment en ce qui concerne le droit à la représentation par un avocat.

Quant aux détenus iraquiens de Guantanamo, elle a estimé que la décision de la Cour suprême américaine avait diminué les craintes relatives à la préoccupation principale qui était le manque d'accès aux prisonniers. Le «trou noir» auquel était confronté l'observateur public ou juridique est, de son point de vue, en voie d'être résorbé.

Sur le Darfour, la Haut Commissaire a rappelé qu'elle avait assisté au Sommet de l'Union africaine et qu'elle s'était entretenue avec des ministres africains pour recueillir leur avis sur l'opportunité d'une présence d'observateurs des droits de l'homme dans la région. Elle a indiqué que ses services avaient réussi à s'y trouver en petit nombre pour manifester clairement qu'il y existait un contrôle des droits de l'homme en tant que tel.

En ce qui concerne une possible intervention militaire du Royaume-Uni qui appuierait l'aide humanitaire ou la force de l'Union africaine, elle s'est prononcée en faveur d'un niveau de préparation poussé dans l'hypothèse où l'incapacité du gouvernement d'assumer ses responsabilités et de protéger sa propre population exigerait une forme ou une autre d'intervention.

« L'affaire est tellement urgente qu'il importe d'être rapidement opérationnel si le besoin s'en fait sentir », a-t-elle déclaré.

Revenant à l'application de la loi et notamment du droit humanitaire, elle a indiqué « qu'il fallait être extrêmement vigilant sur les acquis et que son universalité ne souffrait aucune exception. »

 

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