Ce qu'il en coûte et ce qu'il faut pour servir l'ONU : le message de Lakhdar Brahimi recevant la médaille Dag Hammarskjöld

Ce qu'il en coûte et ce qu'il faut pour servir l'ONU : le message de Lakhdar Brahimi recevant la médaille Dag Hammarskjöld

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Lakhdar Brahimi, recevant la médaille Dag Hammarskjöld que lui a décernée l'Association allemande de l'ONU, a indiqué qu'il se sentait à la fois « honoré, fier et humble à la pensée de recevoir une récompense portant le nom de quelqu'un qui a servi la cause de la paix comme peu l'ont fait. »

« Sa mort tragique, accidentelle et précoce au Congo en 1961 trouve un écho dans une autre mort, qui n'était pas accidentelle celle-là, mais infligée volontairement, celle de Sergio Vieira de Mello et de ses collègues à Bagdad le 19 août 2003 », a-t-il rappelé, ajoutant que beaucoup d'autres, des citoyens de diverses parties du monde, avaient ainsi péri dans des circonstances différentes en servant la cause de la paix.

Il a évoqué les nombreux Allemands qui en ont fait partie et notamment « les soldats morts à Kaboul, l'année dernière pendant que je servais moi aussi là-bas. »

« Souvenons-nous d'eux. Rendons-leur hommage. Continuons leur travail », a invité Lakhdar Brahimi. « Et laissons les jeunes qui sont avec nous aujourd'hui trouver chez ceux-là une source d'inspiration et poursuivre le travail de l'ONU et de ce qu'elle défend. »

Evoquant ces différentes expériences, il en a tiré une importante leçon parmi d'autres : ne jamais crier victoire prématurement. « L'expérience que nous avons maintenant nous montre que ce qui a semblé à un moment donné être un processus réussi peut se dégrader quelques années plus tard s'il ne recueille pas le soutien nécessaire.»

Parmi les faits saillants qu'il a souhaité rappeler, figure la fin de la guerre froide. Au Liban, où il se trouvait de 1989 à 1991, les pourparlers de paix de Taif, qui ont fini par mettre un terme à la guerre civile libanaise, se sont conclus par un accord environ un mois après la chute du mur de Berlin.

« Les belligérants et leurs soutiens locaux, qui à un moment pensaient qu'ils pourraient obtenir une aide extérieure pour gagner sur toute la ligne, ont commencé à craindre de devoir recourir à leurs propres ressources », a fait observer Lakhdar Brahimi.

Dans le cas de l'Afrique du Sud où il a servi au poste de Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU dans les mois qui ont conduit le pays à ses premières élections démocratiques, à nouveau « la fin de la guerre froide a contribué à reléguer l'apartheid dans les poubelles de l'histoire ».

Sur l'Afghanistan qu'il a quitté une première fois après deux ans passés à tenter sans succès d'obtenir un accord de paix, il dit, après y avoir repris ses fonctions en 2001 que les négociations sur le processus de paix sont toujours en cours alors même qu'il est mis en oeuvre et que c'est dans la réforme de la sécurité et de la démobilisation et la réinsertion des anciens combattants que les réelles négociations de paix ont toujours lieu.

Enfin sur l'Iraq, sa dernière mission à ce jour, il a rappelé s'y être rendu à la demande de l'ayatollah Ali-al-Sistani, du Conseil iraquien de gouvernement d'alors et plus tard à nouveau à la demande de l'Autorité provisoire de la coalition.

« L'objectif sous-jacent était de mettre fin à l'occupation le plus rapidement possible », a rappelé Lakhdar Brahimi. Les experts de l'ONU en la matière ayant conclu qu'il n'était pas possible de tenir des élections crédibles en trois ou quatre mois. « Il n'y avait alors aucun moyen d'éviter d'avoir recours à un processus de sélection au lieu d'élire, même indirectement, un gouvernement. »

Il a indiqué que son équipe avait pris sur elle de tenter d'obtenir les points de vue de milliers d'Iraquiens. « Le résultat de ces discussions et du consensus obtenu est mis en évidence par la composition actuelle de l'actuel gouvernement iraquien. Il est assurêment, par définition, imparfait mais il n'en est pas moins le meilleur résultat possible compte tenu des circonstances. »

« Ses membres sont des personnages respectés dans leurs communautés respectives et au-delà et la majorité des ministres sont reconnus comme les experts les plus qualifiés dans leurs domaines respectifs. Les ministres les plus performants de la période précédente ont été conservés. Des changements ont également été effectués en ce qui concerne les ministères clés du Pétrole, du Commerce, des Finances, de la Défense et de l'Intérieur », a récapitulé Lakhdar Brahimi.

Quant au Premier Ministre, « il est compréhensible que son curriculum vitae suscite la controverse, mais quel nom évoqué à propos du poste de Premier Ministre ne susciterait pas la controverse ? » a-t-il interrogé.

« Je dirai en conclusion ce que Napoléon disait à peu près comme suit : 'Je ne veux pas de généraux qui ne soient pas chanceux'. Kofi Annan devrait peut-être dire la même chose de ses Représentants spéciaux », a déclaré Lakhdar Brahimi soulignant pour finir que dans la plupart des cas, « quand toutes les nuances de gris abondent, il n'existe pas d'autre choix que de se frayer un chemin dans le brouillard, pas après pas, des pas prudents et déterminés. »

« Cela exige de la patience, de l'endurance, une bonne dose d'humilité, une réelle compréhension et compassion pour la souffrance horrible que des civils innocents endurent dans la violence des conflits. C'est en leur nom que nous prenons ces fonctions », a rappelé pour finir le Conseiller spécial du Secrétaire général de l'ONU.