Projet de résolution sur l'Iraq : pas assez précis pour la France, des détails à régler sur place pour les Etats-Unis

26 mai 2004

Alors que Lakhdar Brahimi rencontrait à Bagdad le représentant de la France et que l'ambassadeur français auprès de l'ONU indiquait, à sa sortie des consultations du Conseil de sécurité sur l'Iraq, que le projet de résolution à l'étude devait être plus précis, le représentant américain jugeait le projet solide et ne voyait pas « d'obstacles insurmontables » à son adoption d'ici au 30 juin.

« Nous n'avons pas été très satisfait de la résolution 1511, pas très satisfait non plus de la résolution 1483, nous voudrions arriver cette fois-ci à élaborer une bonne résolution », a indiqué ce soir à New York l'ambassadeur de la France auprès de l'ONU, Jean-Marc de La Sablière.

Il a précisé que la proposition présentée était « une bonne base de négociations mais pas encore une bonne résolution. »

Soulignant la complexité de la situation, il a fait valoir le fait que le Conseil de sécurité ne pouvait se permettre d'endosser un gouvernement qui serait mal accepté par les Iraquiens.

« Nous connaissons bien M. Brahimi, qui devrait être de retour d'ici à la fin du mois, nous avons une grande confiance dans son jugement et cela ne se produira sûrement pas », a déclaré M. de La Sablière qui a toutefois indiqué qu'il pensait que, par mesure de sécurité, il serait raisonnable de laisser passer un délai de deux semaines entre la mise en place de ce gouvernement et l'adoption d'une résolution par le Conseil de sécurité, ce qui laisserait le temps d'évaluer les réactions des Iraquiens.

Par ailleurs, Lakhdar Brahimi a rencontré, aujourd'hui à Bagdad, le représentant de la France, Bernard Bajolet, a indiqué aujourd'hui le porte-parole de l'ONU.

Le second point soulevé par l'ambassadeur La Sablière a porté sur le transfert de souveraineté. A ses yeux « il ne doit pas y avoir de décalage entre le langage de la résolution et la réalité » si l'on veut que les Iraquiens perçoivent qu'il s'agit bien de leur gouvernement et d'un réel transfert de souveraineté.

« De ce point de vue, la résolution n'est pas assez précise », a-t-il estimé, ajoutant qu'en dehors des engagements à long terme, le gouvernement intérimaire devait être investi de tous les pouvoirs, qu'ils soient économiques, juridiques ou politiques.

Quant aux relations entre la Force multinationale et le futur gouvernement iraquien, il a, là encore, indiqué qu'il fallait travailler cet aspect du texte. « Le projet parle de partenariat ce qui n'est pas suffisant », a-t-il fait valoir, précisant qu'un certain nombre de « principes et de paramètres » devaient être incorporés dans la résolution tels que le contrôle des forces iraquiennes par le seul futur gouvernement ou encore la nécessité d'obtenir son consentement pour tout mandat la Force multinationale.

Quant à la durée de la présence de la Force, ce serait au gouvernement de décider du moment où elle devrait quitter le pays, a également indiqué M. de la Sablière.

En ce qui concerne le rôle de la France en Iraq, l'ambassadeur a précisé que sa coopération avec le pays s'accroîtrait certainement, que la France était prête à apporter une formation aux policiers iraquiens mais qu'il n'y aurait pas de participation militaire française en Iraq.

Quant au Président du Conseil de sécurité, l'ambassadeur du Pakistan, Munir Akram, qui lui a succédé devant les micros des journalistes, il a indiqué que les points de vue exprimés par les membres du Conseil étaient variés et qu'il pensait pour sa part qu'une fois connue la composition du gouvernement, le Conseil serait en mesure d'évaluer sa crédibilité et de prendre une décision.

Pour John Negroponte, qui à son tour s'est prêté aux questions de la presse, « le but principal de cette résolution est la restauration de la souveraineté iraquienne. » Il a indiqué que la discussion allait se poursuivre au niveau des experts demain après-midi et qu'il s'attendait à ce que les discussions se poursuivent encore quelque temps tout en faisant remarquer que « le temps disponible diminuait rapidement.»

Il a dit refléter le point de vue de la plupart des membres du Conseil en exprimant « la grande confiance » qu'ils avaient en Lakhdar Brahimi et leur reconnaissance pour « le sacrifice personnel » qu'il faisait en tentant de trouver un consensus en Iraq et dans cette mesure, a-t-il indiqué, « ses propositions seront prises très au sérieux. »

A une question lui demandant s'il serait possible au gouvernement intérimaire de s'opposer à une offensive de la Force multinationale, M. Negroponte a répondu que « la question principale était de s'assurer qu'il y ait la meilleure coordination possible si une opération militaire se présentait », que « le point de vue du gouvernement serait pris en compte » et « qu'elle ne serait engagée qu'avec le consentement du gouvernement. »

Affirmant que le projet présenté était un projet solide, l'ambassadeur américain a indiqué qu'un « certain nombre de ses collègues voulaient que les détails soient explicités dans la résolution » alors que lui pensait qu'ils « se règleraient sur le terrain. » Il a conclu en se prononçant en faveur de l'adoption de la résolution d'ici au 30 juin et en affirmant qu'il « ne voyait pas d'obstacles majeurs à cela. »

 

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