Le Darfour : une course contre la montre pour éviter la mort de millions de personnes

26 mai 2004

« C'est la course contre la montre la plus tragique à laquelle nous soyons actuellement confrontés », a déclaré Jean Egeland, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires à la sortie de consultations du Conseil de sécurité consacrée à l'évolution de la situation dans le Darfour.

M. Egeland a indiqué avoir revu à la hausse le nombre des personnes déplacées en provenance de cette région de l'Ouest du Soudan, lequel est ainsi passé de 1,2 million à 2 millions, estime-t-il, un chiffre qui vient s'ajouter aux 130 000 Soudanais originaires de la région qui se sont réfugiés au Tchad.

Le Secrétaire général adjoint a souligné la situation d'extrême dénuement dans laquelle vivaient ces millions de personnes, ajoutant : « Si nous réussissons à leur fournir des produits alimentaires et non alimentaires, nous avons gagné ; si nous échouons, des centaines de milliers d'entre elles, des femmes et des enfants, périront. »

En ce qui concerne l'accès au Darfour, il a indiqué que l'obtention des permis de circuler et des visas était désormais plus facile mais que les camions et les médicaments en provenance de l'extérieur avaient des difficultés à pénétrer dans le pays et que les organisations non gouvernementales partenaires de l'ONU et chargées de distribuer la nourriture et les secours avaient du mal à se faire reconnaître par le gouvernement.

« Si le gouvernement continue à créer ces difficultés, nous ne gagnerons pas la course contre la montre et beaucoup de gens vont mourir », a affirmé Jan Egeland.

L'autre grand problème, a-t-il indiqué, est le niveau insuffisant de ressources. « Nous disposons actuellement du cinquième des ressources dont nous avons besoin », a-t-il précisé, ajoutant que la communauté des donateurs avait apporté 50 millions de dollars alors que les besoins s'élèvent à 4 à 5 fois ce montant pour l'année.

« En conséquence, nous allons convoquer, en collaboration avec les Etats-Unis et l'Union européenne, une réunion d'alerte maximum des donateurs au cours de laquelle nous allons présenter nos plans de secours à l'ensemble des populations dans le besoin pendant les trente prochains jours puis les quatre mois à venir », a annoncé le Secrétaire général adjoint qui s'est dit plus optimiste qu'il ne l'était en avril car il considère que, si les derniers obstacles sont levés, les distributions de vivres pourront atteindre la plupart si ce n'est toutes les personnes qui en ont un extrême besoin.

« Je me suis souvent demandé pourquoi je devais passer autant de temps à obtenir des autorisations alors que le gouvernement devrait faire le maximum pour que nous puissions venir en aide à sa population, a indiqué Jan Egeland en réponse à une question d'une journaliste. « Or ce n'est pas ce qui s'est passé jusqu'à présent. »

« Nous n'avons pas observé de désarmement des milices djandjawids qui continuent à attaquer les personnes déplacées, nous n'avons pas observé non plus de déploiement de forces de police qui avait pourtant été promis par le gouvernement », a-t-il ajouté.

M. Egeland pense que la faible réponse des donateurs est due en partie au fait que la communauté internationale n'a pris que tardivement conscience de l'ampleur de la crise humanitaire, « le drame plus important de notre époque » selon lui, et que c'est pour cette raison que les agences humanitaires de l'ONU n'ont reçu que 50 millions sur les 170 millions demandés et qu'il va falloir compléter ces sommes de 80 millions supplémentaires qui vont être réclamées à Genève.

 

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