Le chef de l'agence de l'ONU pour les réfugiés refuse « l'iraquisation » de l'approche sécuritaire

Le chef de l'agence de l'ONU pour les réfugiés refuse « l'iraquisation » de l'approche sécuritaire

Ruud Lubbers
Tous les pays ne sont pas l'Iraq et ne présentent pas les mêmes dangers, a déclaré aujourd'hui devant le Conseil de sécurité le Haut Commissaire de l'ONU pour les réfugiés qui a réclamé pour ses équipes sur le terrain le droit d'adopter le niveau de sécurité adéquat.

Evoquant « la vacance de pouvoir en Iraq et les troubles incessants qui ont conduit à l'effondrement des services publics et à une insécurité qui est le lot de la majorité des Iraquiens », Ruud Lubbers, le Haut Commissaire de l'ONU pour les réfugiés a été amené à évoquer la sécurité du personnel de l'ONU.

« Avec plus de 4 000 collaborations travaillant actuellement sur le terrain, souvent dans des régions très éloignées et dangereuses, c'est une question qui me préoccupe particulièrement comme d'ailleurs mes services », a-t-il déclaré.

Pourtant il s'est refusé à accepter ce qu'il a appelé « l'iraquisation » de la réponse et a plaidé pour une approche différenciée en fonction des pays. Les équipes de sécurité doivent être habilitées à prendre des décisions sur le terrain en fonction des circonstances et cela ne doit pas être érodé par la bureaucratisation et la centralisation de notre système de gestion », a-t-il déclaré.

Autre thème de son premier exposé au Conseil de sécurité en deux ans, les mouvements transfrontaliers qui accompagnent désormais systématiquement les conflits et deviennent un problème majeur.

« Chaque fois qu'il y un déplacement de population, il se produit des franchissements de frontières et par conséquent, les conflits qui génèrent des mouvements de réfugiés impliquent nécessairement les états voisins », a souligné le Haut Commissaire qui a cité comme un des exemples qui le préoccupait le plus le cas du Soudan et ses débordements au Tchad.

« Les espoirs de paix suscités par l'évolution positive des pourparlers de paix [...] sont de plus assombris par la situation au Darfour », a-t-il indiqué, rappelant que le HCR avait pris part à la mission humanitaire de l'ONU dans la région.

« La situation humanitaire est épouvantable des deux côtés de la frontière », a ajouté le Haut Commissaire pour les réfugiés qui a précisé que, depuis sa visite dans les camps de réfugiés du Tchad en mars, il avait reçu des informations crédibles donnant à penser que les milices Djandjawids mais aussi différents groupes associés aux rebelles soudanais opéraient dans les zones frontalières.

« Mes services se sont dépensés sans compter, en dépit des contraintes logistiques, pour réinstaller 60 000 réfugiés» dans de nouveaux camps, a-t-il indiqué, précisant que « même s'il n'était pas garanti que des éléments armés ne parviennent pas jusqu'à ces camps qu'ils peuvent même utiliser comme base de repos, la distance les rend cependant moins accessibles aux opérations militaires transfrontalières. »

« Malgré la terrible situation au Tchad actuellement, j'ai bien peur que ce soit l'endroit le plus sûr pour les habitants du Darfour, en ce moment », a-t-il ajouté.

M. Lubbers avait aussi des « nouvelles encourageantes » à signaler au Conseil. « Il n'y a jamais eu autant d'occasions de régler durablement des conflits anciens dans autant d'endroits en Afrique qu'actuellement », a-t-il déclaré, citant les cas de l'Erythrée, de l'Angola, du Rwanda, de la Sierra Leone et du Burundi.

Un sujet de préoccupation reste cependant la mise à disposition des fonds nécessaires à l'assistance aux réfugiés. Les activités du HCR en faveur des réfugiés tchadiens sont « sérieusement sous-financées », celles au Libéria sont confrontées à de sévères ruptures de fonds. Les engagements pris en faveur du Libéria, lors de la Conférence des donateurs, [...] ont été très généreux. Encore faudrait-il qu'ils se traduisent par un financement effectif », a déclaré Ruud Lubbers.

Quant à l'Afghanistan, si « la situation a commencé à s'améliorer depuis la fin de 2001 », ce qui a entraîné le retour dans leurs foyers de plus de 3 millions de réfugiés et d'Afghans déplacés à l'intérieur du pays, le manque de sécurité reste clairement, aux yeux du Haut Commissaire, l'un des principaux problèmes.

« Conscient des plans d'expansion de la Force internationale de stabilisation en Afghanistan (FISA) de l'OTAN», il n'en a pas moins indiqué avoir récemment écrit au Secrétaire général pour lui faire part de sa préoccupation concernant la modestie des effectifs supplémentaires envisagés et la lenteur de leur déploiement.