La paix afghane permet au chef du PNUD de tracer les grandes lignes du développement de l'Asie centrale

La paix afghane permet au chef du PNUD de tracer les grandes lignes du développement de l'Asie centrale

Mark Malloch Brown
Après 20 ans de guerre civile en Afghanistan, pendant lesquelles la plupart des relations politiques et économiques entre les pays de la région avaient pratiquement cessé, il est temps de relancer le dialogue et de tirer parti du prodigieux potentiel de la région, a déclaré aujourd'hui le chef du Programme de l'ONU pour le développement lors de la Conférence régionale sur l'Afghanistan de Bichkek au Kirghizstan.

« Aujourd'hui l'un des objectifs les plus importants de cette conférence est de relancer le dialogue sur ces questions vitales », a déclaré l'Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Mark Malloch Brown, s'adressant aux participants à la Conférence organisée sous les auspices du PNUD.

« Bien qu'enclavé, l'Afghanistan a le potentiel nécessaire pour constituer un lien commercial par voie terrestre entre l'Asie centrale et de l'Asie du Sud et les ports traditionnellement recherchés d'Iran et du Pakistan, et les accès routiers à travers l'Afghanistan permettent de raccourcir les distances vers les marchés de l'Asie méridionale pour les pays d'Asie centrale par rapport aux voies actuelles en direction de la Mer noire, de l'Europe ou la Chine », a-t-il fait valoir.

Il a attiré l'attention sur l'investissement massif réalisé dans l'infrastructure routière du pays, un investissement indispensable à la réorganisation de ses voies de transit, ajoutant qu'il était également vital de supprimer les barrages routiers et les taxes frontalières arbitraires.

Cependant, a souligné M. Malloch Brown, « les plus extraordinaires développements se sont produits au niveau politique. Déjà à l'heure actuelle la Constitution de 2004 et les élections présidentielles et parlementaires à venir constituent l'épine dorsale d'une société plus ouverte et démocratique. »

Il a ajouté que l'Afghanistan avait également forgé un partenariat productif avec la communauté internationale comme en témoignent les engagements de contributions qui se sont élevés à 8,2 milliards de dollars, lors de la Conférence de Berlin le mois dernier.

« Pour tous les pays représentés à cette conférence, il est clair que leurs destinées sont liées pour le pire et le meilleur. Les défis qui se posent à la région, le partage de l'eau, le trafic de la drogue, la propagation du sida, entre autres problèmes, ne peuvent trouver de solution qu'au niveau régional », a-t-il indiqué.

« Depuis l'époque de la route de la Soie, le rôle de l'Asie centrale, point de jonction entre une multitude de cultures, de religions et d'empires a revêtu une importance géopolitique déterminante. C'est une région dotée de ressources naturelles importantes. Les réserves de pétrole et de gaz en Iran ou les réserves mises en évidence au Kazakhstan et au Turkménistan mettent ces pays parmi les tout premiers au monde des pays exportateurs de pétrole et de gaz », a-t-il fait valoir.

« C'est une région qui pourrait être reliée par des liaisons d'acheminement de sources d'énergie, telles que les pipelines de gaz qu'il a été proposé de créer du Turkménistan vers les pays déficitaires en énergie d'Asie méridionale et qui traverseraient l'Afghanistan.

Les études de faisabilité montrent qu'il serait possible d'acheminer deux milliards de pieds carrés de gaz par jour et de dégager d'importants bénéfices pour les pays qui seraient partis prenantes.

Le revenu produit par le transit s'élèverait à 400 voire 500 millions de dollars pour seulement l'Afghanistan », a exposé M. Malloch Brown.

Il a indiqué également que le Tadjikistan et Kirghizistan étaient des exportateurs de premier plan d'aluminium et d'or et que, si le potentiel hydro-électrique de ces deux pays était exploité, une fois signés le cadre réglementaire d'harmonisation et les accords commerciaux sur l'électricité, ils pourraient à eux seuls suffire aux besoins de la région et au-delà.

« Pour l'instant les échanges régionaux sont relativement faibles, a-t-il fait remarquer, citant en exemple le cas des deux plus importantes économies régionales, l'Inde et le Pakistan, pour lesquelles le commerce régional représente seulement 2% de leurs importations et exportations combinées.

Il a expliqué que selon les études de la Banque asiatique pour le développement (ADB), une fois achevé le corridor Nord- Sud Almaty - Bichkek - Tachkent- Kaboul – Karachi, 4 300 km au total, la durée du voyage qui est actuellement de 123 heures sera réduite de moitié. La création d'un tel corridor, toujours selon l'ADP, se traduirait par 5 points supplémentaires de PNB (produit national brut) pour l'Afghanistan.

L'administrateur du PNUD a conclu en soulignant que la croissance économique n'amenait pas à elle seule la réduction de la pauvreté et le développement durable.

Un environnement réglementaire et fiscal peut faire émerger des micro-entreprises du secteur informel et l'investissement étranger dans des banques locales peut apporter l'argent nécessaire à la croissance des petites entreprises.

Mais tout cela, de même que tous les investissements consacrés aux infrastructures routières, aux réseaux électriques, aux pipelines, n'est rien sans le plus important investissement de tous, l'investissement dans les hommes.

La coopération économique régionale doit être envisagée par rapport à son but ultime : le développement humain, a-t-il rappelé.