R.D. du Congo : 25 000 personnes ont fui les combats au Sud-Kivu

5 mai 2004

Alors que le Coordonnateur humanitaire de l'ONU fait état de quelque 25 000 personnes déplacées à la suite des combats qui se déroulent dans le Sud-Kivu entre la rébellion hutu et les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), les membres du Conseil de sécurité ont exprimé, hier, lors de consultations à huis clos, leur préoccupation à l'égard de la situation dans l'Est du pays et de la présence de troupes rwandaises sur le territoire congolais, certifiée par la Mission de l'ONU dans le pays le 21 avril dernier.

« Le Conseil de sécurité a souligné l'importance pour les gouvernements de la RDC (République démocratique du Congo) et du Rwanda de travailler étroitement ensemble, pour restaurer la confiance et remplir leurs engagements pris en septembre et novembre 2003 », a indiqué la directrice de l'information, Patricia Thomé, au cours d'un point avec la presse qui avait lieu aujourd'hui à Kinshasa.

La position des Nations Unies est d'encourager la mise en place d'un mécanisme conjoint, incluant la RDC et le Rwanda, pour enquêter et trouver une solution bilatérale à la question de la sécurité sur la frontière commune, a précisé Mme Tome qui a ajouté que le Conseil de sécurité n'avait pas fait de déclaration publique à l'issue de la réunion de mardi mais qu'une déclaration du Président du Conseil de sécurité était attendue dans les jours qui viennent.

Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la RDC, William Swing, est de retour à Kinshasa, après un séjour à Bruxelles où il a eu des entretiens avec le Premier Ministre Belge, Louis Michel, le Groupe de travail de l'Union Européenne sur l'Afrique et le Haut Représentant européen pour la politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, a par ailleurs indiqué Patricia Thomé.

M. Swing a plus particulièrement informé ses interlocuteurs sur le processus électoral. Le Représentant spécial a mis l'accent sur les ressources nécessaires et l'assistance indispensable que peut fournir la communauté internationale en général, et l'Union européenne en particulier, afin que les scrutins aient lieu dans les délais prévus, a-t-elle précisé.

Elle a également annoncé que se tiendrait jeudi, à Kinshasa, la première réunion entre le gouvernement de transition et les responsables des groupes armés de l'Ituri, une rencontre organisée par le gouvernement de transition dans le but de relancer la concertation avec les groupes armés, après la première rencontre organisée à Kinshasa au mois d'août dernier.

La MONUC, qui facilite cette rencontre, se félicite de cette réunion et espère qu'elle constituera une étape importante vers la concrétisation de la mise en place de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire de la RDC et de l'Ituri plus particulièrement, indique le communiqué.

Le Porte-parole militaire de la MONUC, le Commandant Thiam, a, pour sa part, confirmé les informations transmises par ailleurs par le Coordonnateur Humanitaire des Nations Unies, Herbert Mc Leod, qui a exprimé, dans un communiqué diffusé par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), son extrême préoccupation à l'égard des derniers développements dans la Plaine de la Ruzizi au Sud-Kivu et a indiqué avoir discuté de la situation avec la Ministre de la Solidarité et des Affaires Humanitaires, Madame Nzuzi wa Mbombo.

Le Coordonnateur humanitaire, comme le porte-parole militaire de la MONUC, signale la présence de 24.700 personnes déplacées à la suite de ce qui est qualifié dans le communiqué de « rumeurs relatives à de possibles affrontements entre les Forces Armées de la RDC (FARDC) et les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) », qui regroupe la rébellion hutu.

Le Coordonnateur humanitaire indique pour sa part que, selon la communauté humanitaire, des affrontements se sont produits d'abord à Lemera et Lubarika, dans le territoire d'Uvira, entre le 19 et le 23 avril puis, le 27 avril dernier, autour de Lemera.

Le Commandant Thiam a pour sa part indiqué que le déploiement de la Brigade des Kivu se poursuivait et qu'en début de semaine prochaine, la 2ème compagnie devrait arriver au grand complet à Bukavu et qu'un peloton serait déployé à Uvira.

Le directeur du Centre de lutte anti-mine des Nations Unies, Marcel Quirion, qui participait à la conférence de presse de la MONUC, a indiqué que les mines antipersonnel en RDC avaient déjà fait un peu plus de 1000 victimes identifiées.

Selon des investigations non encore exhaustives, a-t-il indiqué, ces mines se concentrent sur deux grands axes, à savoir sur la ligne de cessez-le-feu et sur la frontière Est du pays. Plusieurs organismes, dont la MONUC qui s'est assurée les services d'une compagnie commerciale sud-africaine, travaillent au déminage et à la prévention des accidents dans différents secteurs du pays.

Par ailleurs dans une lettre datée du 29 avril dernier adressée par l'ambassadeur permanent au Président du Conseil de sécurité, le Gouvernement rwandais affirme qu'« il n'y pas de troupes rwandaises sur le territoire de la République démocratique du Congo ni à Bunangana ni ailleurs. »

« La tendance qu'a la MONUC à considérer tous les rwandophones (personnes qui parlent le kinyarwanda) comme des nationaux de la République du Rwanda est aussi erronée que si l'on considérait que tous ceux qui parlent allemand sont des nationaux de l'Allemagne. Le kinyarwanda est la langue culturelle de nombreuses populations réparties dans toute la région des Grands Lacs, pas seulement au Rwanda », poursuit l'ambassadeur Stanislas Kamanzi.

Il se dit également profondément « troublé de la persistance de la communauté internationale à ne pas s'attaquer globalement au problème de la présence persistante en République démocratique du Congo, sans restrictions d'unités armées, actives et dangereuses de la milice Interahamwe, responsable du génocide de 1994. »

 

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