Commission des droits de l'homme : « quiconque meurt de faim aujourd'hui meurt assassiné », a déclaré un rapporteur

30 mars 2004

La Commission des droits de l'homme, qui a achevé, hier matin, son débat général sur la question de la violation des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a entendu dans l'après-midi plusieurs experts dont le Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, qui a insisté sur le fait que 100 000 personnes meurent de faim chaque jour sur une terre qui produit de quoi nourrir le double de la population mondiale actuelle.

« Quiconque meurt de faim aujourd'hui meurt assassiné», a déclaré M. Jean Ziegler, Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, qui a insisté, au cours de la séance de l'après midi de la Commission, sur la situation dramatique de la faim dans le monde, alors que 100 000 personnes meurent de faim chaque jour sur une terre qui produit pourtant suffisamment pour nourrir le double de la population mondiale actuelle.

Sur les effets des politiques d'ajustement structurel et de la dette extérieure, l'Expert indépendant en la matière, M. Bernards Andrew Nyamwaya Mudho, a mis en avant les effets positifs de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et notamment ses conséquences sur la réduction de la pauvreté. Il a toutefois insisté sur le fait que cette initiative, à elle seule, n'était pas suffisante et devait s'accompagner d'autres mesures en faveur du développement.

Evoquant le cas de l'Ouganda, où il a effectué une mission, M. Mudho a fait observer que ce pays, souvent cité comme un excellent exemple en matière de réforme de politique économique, n'en demeurait pas moins très dépendant de l'apport en ressources extérieures. La délégation de l'Ouganda a réagi à ces propos et un dialogue avec les membres de la Commission a suivi la présentation de ce rapport.

Pendant les dernières heures de son débat général, le matin, la Commission a entendu, au cours de sa séance du matin, les déclarations de plus d'une quarantaine d'organisations non gouvernementales dont un grand nombre ont évoqué le cas de Cuba, dénonçant l'attitude des États-Unis à l'encontre de ce pays et en particulier le blocus dont il fait l'objet.

La situation des prisonniers de la base de Guantanamo a également été évoquée ainsi que les violations des droits de l'homme imputables au Gouvernement des Etats-Unis, les situations au Pakistan, au Jammu-et-Cachemire, en Chine, au Soudan et en Haïti.

Des pays qui ne respectent pas la liberté religieuse ont été dénoncés au cours du débat. Certains se sont dits alarmés par le développement de l'extrémisme religieux et ses manifestations violentes à travers le monde. Le rôle essentiel de l'éducation pour lutter contre cette forme d'extrémisme a été souligné.

Il est du devoir de la communauté internationale de décourager les États qui soutiennent le terrorisme, a souligné le représentant d'une autre organisation non gouvernementale.

L'Experte indépendante sur les droits de l'homme et l'extrême pauvreté, Anne-Marie Lizin, a présenté son rapport en expliquant qu'il s'agissait d'y montrer l'interaction entre pauvreté extrême et droits de l'homme. Elle a indiqué s'être intéressée également aux implications de la Conférence de Durban, soulignant que le racisme à l'encontre des pauvres était en effet un comportement social très répandu.

Elle a relevé les progrès accomplis en Chine et surtout au Brésil, pays qui, selon elle, pourrait entraîner tout le continent dans une direction positive. L'Experte indépendante a également mis en avant le fait que la direction du FMI, le Fonds monétaire international ait intégré la lutte contre la pauvreté dans son action alors que, selon elle, la Banque mondiale reste encore trop timide par rapport aux objectifs sociaux.

Au nombre de ses recommandations figurent la mise en place de structures décentralisées aussi bien de la part des Nations Unies que des institutions financières internationales ainsi que la modernisation du système d'état civil des Etats qui, à ses yeux, devrait constituer une priorité.

D'une manière générale, l'Experte indépendante recommande d'intégrer les droits de l'homme dans les analyses d'impact sur la pauvreté et la situation sociale et d'établir, par pays, les critères utiles pour l'application des droits économiques et sociaux dans les stratégies de réduction de la pauvreté.

Anne-Marie Lizin, dont le Haut Commissaire aux droits de l'homme par intérim, Bertrand Ramcharan, a salué l'oeuvre de pionnier, a répondu au cours de la séance de l'après-midi en indiquant qu'elle estimait que la nouvelle loi sur l'enregistrement des naissances au Soudan était une bonne loi mais en encourageant ce pays à aller vers l'interdiction des mutilations génitales.

Mme Lizin a mis l'accent sur d'autres contextes, en Europe par exemple, où les réformes concernant les papiers d'identité peuvent contribuer à introduire des discriminations. En réponse à l'Irlande, elle a précisé que les principaux facteurs de la pauvreté sont l'exclusion du système éducatif et le non-accès à un revenu décent. Elle a insisté sur la nécessité d'encourager des techniques visant à assurer un revenu minimum, rappelant que, comme le montre le Yémen, ce ne sont pas seulement là des stratégies de pays riches.

Insistant sur l'importance que revêt la mise en place d'un système d'enregistrement des naissances, elle a mis l'accent sur la nécessité de supprimer les références ethniques, comme l'a fait le Rwanda. L'Europe pourrait soutenir l'établissement ou la modernisation de l'état civil dans plusieurs pays, notamment en République démocratique du Congo où un processus d'enregistrement doit être mené en vue de la tenue d'élections, a poursuivi Mme Lizin.

 

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