Kofi Annan à la Diète japonaise : il est essentiel que l'ONU en Iraq soit vue comme un organe impartial

Kofi Annan à la Diète japonaise : il est essentiel que l'ONU en Iraq soit vue comme un organe impartial

Kofi Annan s'adressant à la Diète japonaise
S'adressant au Parlement japonais aujourd'hui, ce qui était une première dans l'histoire commune de l'Organisation et du Japon, le Secrétaire général de l'ONU a insisté sur les changements en cours en Iraq, la nature du rôle que pouvait y jouer les Nations Unies, les grandes questions qui se posaient non seulement à l'Organisation mais aussi au monde, dont il avait chargé le Groupe de haut niveau, et à la nécessité de redéfinir de façon urgente la participation du Japon au sein du Conseil de sécurité de l'ONU.

“En tant qu'indéfectibles partisans du multilatéralisme, vous êtes parfaitement conscients que je m'adresse à vous à un moment à un moment décisif », a déclaré aujourd'hui devant la Diète japonaise, Kofi Annan, ce qui en soi, constituait une première puisque jamais aucun Secrétaire général ne s'était adressé au Parlement du Japon.

« L'année écoulée a été l'une des plus difficiles de l'histoire des Nations Unies », a-t-il ajouté ajoutant : « Comme vous, comme beaucoup d'autres, je suis préoccupé par la persistance de l'instabilité dans ce pays et par les répercussions qu'elle risque d'avoir dans toute la région.»

« Dans l'immédiat, il faut parvenir à un consensus sur la transition politique en Iraq », a poursuivi Kofi Annan qui a rappelé que l'ONU était d'accord pour apporter son assistance aux Iraquiens dans la recherche de ce consensus.

Il a souligné le fait que les Iraquiens attendent des Nations Unies qu'elles jouent un rôle majeur une fois le gouvernement provisoire établi et le transfert de souveraineté opéré.

Tout en se déclarant prêt à apporter cette assistance,notamment dans l'établissement du cadre juridique nécessaire à la tenue d'élections démocratiques, le Secrétaire général a insisté sur la nécessité pour l'ONU de rester une organisation « clairement identifiable » de telle sorte qu'elle soit perçue par le peuple iraquien et par d'autres comme « une organisation mondiale impartiale et indépendante qui n'a d'autres ambitions que d'aider un pays qui en a besoin. »

Au-delà du problème iraquien, Kofi Annan a souligné que des questions fondamentales avaient été posées après le 11 septembre 2001.

« Comment déceler les menaces qui pèsent sur la paix suffisamment tôt pour qu'elles puissent être efficacement dissipées, de préférence sans recours à la force armée ? Quand le recours à la force est-il acceptable et à qui appartient-il de l'autoriser ? Faut-il laisser à chaque Etat le choix d'en décider, ou vaut-il mieux privilégier l'action collective ? », a-t-il interrogé.

« Quelles sont les limites du droit de légitime défense à une époque caractérisée par la mondialisation du terrorisme et la privatisation des modes de prolifération des armes de destruction massive ? », a-t-il poursuivi.

Le travail du Groupe de haut niveau qu'il a nommé est chargé d'un réexamen radical des règles et instruments existants mais, au-delà de ces tâches et de la réforme de l'ONU, « ces changements auront un but à la fois précis et ambitieux », a affirmé Kofi Annan. Il s'agit « de définir les réponses que la communauté internationale peut apporter collectivement aux menaces de notre temps. »

Il a indiqué qu'il espérait pouvoir faire des recommandations à l'Assemblée générale « vers la fin de cette année ou au début de l'année prochaine. »

« En 2005, les Nations Unies auront 60 ans. Adopter des mesures audacieuses propres à renforcer l'Organisation pour l'avenir, c'est, à mon avis, la meilleure façon de célébrer dignement ce soixantième anniversaire », a ajouté le Secrétaire général.

Ce moment critique de l'histoire des Nations Unies marque peut-être aussi un tournant dans les relations entre le Japon et l'Organisation mondiale, a déclaré Kofi Annan. « Comme vous, je déplore que les discussions sur la réforme du Conseil de sécurité, qui durent depuis si longtemps, aient si peu progressé », a-t-il ajouté, précisant que tout le monde était d'accord pour dire que le Conseil devait être réformé et élargi.

« Il est certes difficile de parvenir à un accord sur ce sujet, mais la difficulté ne saurait excuser l'impuissance. Si le Conseil veut que ses décisions soient davantage respectées, en particulier dans le monde en développement, il importe que cette question soit traitée plus énergiquement », a déclaré le Secrétaire général.

Il a toutefois plaidé auprès des parlementaires japonais pour que « les dispositions anachroniques de la Charte qui visent les 'Etats ennemis' », leur « impression que le Japon, tout en finançant une part disproportionnée du budget ordinaire de l'ONU » alors qu'il « est sous représenté au Secrétariat » des Nations Unies, ne les détournent pas de leur engagement dans le multilatéralisme et la gouvernance mondiale.

« Nous avons besoin aussi de l'engagement actif de la diplomatie japonaise pour faire de la péninsule coréenne une zone exempte d'armes nucléaires », a déclaré Kofi Annan, qui s'est dit « encouragé par la reprise des pourparlers multilatéraux demain à Beijing » et a également cité en exemple l'action du Japon au Tadjikistan, au Cambodge, au Timor oriental, au Mozambique et au Rwanda.

Les changements se manifestent parfois de façon ostensible, a conclu le Secrétaire général. « Un de ces signes tangibles sera l'adjonction d'un nouvel immeuble de bureaux au complexe du Siège de l'ONU à New York dont la conception devrait être officiellement confiée par la Ville de New York, à l'architecte japonais de renom, Fumihiko Maki », a-t-il conclu.

Un peu plus tard, au cours d'une conférence de presse, Kofi Annan a insisté à nouveau sur la nécessité d'améliorer les conditions de sécurité en Iraq avant que l'ONU puisse y envoyer un effectif important, a indiqué le porte-parole de l'ONU à New York. « Je ne demande pas que l'Iraq soit aussi paisible que Tokyo ou Genève mais il y a un minimum nécessaire », a-t-il déclaré.