« Les immigrants ont besoin de l'Europe et l'Europe a besoin des immigrants », a affirmé Kofi Annan devant le Parlement européen

29 janvier 2004

Au Parlement européen où il recevait ce matin le Prix Andrei Sakharov pour la liberté de l'esprit, le Secrétaire général de l'ONU a engagé les Européens à rester les chefs de file de la coopération et du multilatéralisme en s'orientant vers « un système de traitement conjoint des demandes et de partage des responsabilités » dans le domaine des migrations.

Le Secrétaire général de l'ONU qui recevait ce matin à Bruxelles le Prix Andréi Sakharov, qui était remis à l'ONU par le Parlement européen en reconnaissance du dévouement à la cause internationale du Représentant spécial en Iraq, Sergio de Mello et de ses collègues morts avec lui lors de l'attentat de Bagdad, le 19 août dernier, a rendu hommage à l'Union européenne qui « a choisi la paix par l'intermédiaire du multilatéralisme et est aujourd'hui, a-t-il dit, un phare, un modèle de tolérance, de respect des droits de l'homme et de coopération internationale. »

L'élargissement de l'Union « qui fera tomber une barrière entre l'Est et l'Ouest » longtemps considérée comme infranchissable, « est pour la paix sur le continent européen, le moteur le plus puissant qui soit. »

« Avec le temps, la notion même d'européanité s'élargit », a déclaré Kofi Annan qui a dit « attendre avec impatience le jour où l'Europe tirera autant de fierté de la diversité qui existe au sein de ses Etats membres que de celle qui existe déjà. »

Ce faisant, la circulation des personnes par-delà les frontières nationales ne fera que s'accentuer, a-t-il ajouté. « Ceux qui émigrent aujourd'hui le font pour les mêmes raisons que les dizaines de millions de personnes qui quittèrent jadis le continent européen : ou bien ils fuient la guerre et l'oppression, ou bien ils espèrent trouver ailleurs une vie meilleure. »

Kofi Annan a rappelé que la Convention de 1951 sur les réfugiés rend la communauté internationale « collectivement, juridiquement et moralement » responsable des réfugiés qui fuient car ils craignent pour leur sécurité.

« Si vos systèmes de gestion des demandes d'asile sont débordés, c'est justement parce que beaucoup de ceux qui ressentent le besoin de quitter leur pays ne peuvent compter sur aucune autre filière régulière », a fait remarquer le Secrétaire général qui a incité les États européens à « s'orienter vers un système de traitement conjoint des demandes et de partage des responsabilités. »

Il a admis qu'en ce qui concerne les immigrants qui ne sont pas des réfugiés mais quittent leur pays faute de penser y avoir un avenir, « chaque Etat a le droit souverain de décider qui, parmi ces gens partis de chez eux sans y être forcés, sera admis sur son territoire et dans quelles conditions. »

« Cela ne veut pas dire que nous puissions nous barricader chez nous et feindre d'ignorer la tragédie qui se déroule derrière nos portes closes », a déclaré Kofi Annan ajoutant que « la situation est d'autant plus tragique que parmi les États qui ferment leurs portes à l'immigration, nombreux sont ceux qui en ont, en fait, besoin. »

Avec des « taux de natalité et de mortalité tombés en flèche » et une population qui, sans l'immigration, passerait dans les bientôt 25 États de l'Union de 452 millions en 2000 à moins de 400 millions d'ici à l'année 2050, le Secrétaire général a indiqué que, « même s'il n'y a pas de solution simple […] la solution passe nécessairement par l'immigration. »

« C'est pourquoi j'encourage les États européens à ouvrir de nouvelles filières d'immigration régulière, pour les travailleurs qualifiés et pour les non qualifiés, aux fins de regroupement familial et pour raisons économiques, à titre temporaire ou permanent », a-t-il déclaré.

Sans vouloir nier les problèmes, il a rappelé qu'il n'y avait pas eu de « groupe d'immigrants qui n'ait pas été vilipendé aux premiers jours de son établissement » que ce soient les Huguenots en Angleterre, les Allemands, les Italiens et les Irlandais aux États-Unis, et les Chinois en Australie. Et pourtant, a ajouté Kofi Annan, « à long terme, les perspectives s'améliorent presque toujours. »

Il a également fait remarquer que « l'intégration n'était pas un processus à sens unique », que « les immigrants doivent s'adapter à la société qui les accueille » mais que « la société doit elle aussi s'adapter. »

« À propos des 'programmes d'accueil de travailleurs' mis en place en Europe dans les années 60, le grand écrivain suisse Max Frisch a dit : 'Nous avions demandé de la main-d'oeuvre', nous avons eu des hommes », a rappelé le Secrétaire général.

« La coopération internationale, sur cette question comme sur d'autres, est la clef d'une meilleure gestion de l'immigration. Et pour la développer, vous, les pays de l'Union européenne, devez jouer le rôle qui vous revient : celui de chef de file », a-t-il affirmé, ajoutant qu'il se félicitait à cet égard de la création, le mois dernier, de la Commission mondiale sur les migrations internationales.

« Les immigrants ont besoin de l'Europe et l'Europe a besoin des immigrants », a affirmé Kofi Annan.

« Une Europe fermée serait une Europe plus dure, plus pauvre, plus faible, plus vieille. Une Europe ouverte sera plus juste, plus riche, plus forte et plus jeune, pourvu qu'elle sache gérer l'immigration », a-t-il ajouté.

Cette allocution du Secrétaire général, ce matin au Parlement belge, s'inscrit dans le droit fil de l'intervention récente du Haut Commissaire pour les réfugiés (HCR), Ruud Lubbers, qui a présenté récemment à une réunion de ministres européens un document de sept pages détaillant les mesures à prendre pour harmoniser et gérer collectivement l'asile et proposant à cet effet de créer une Agence européenne de l'asile.

 

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