R.D. du Congo : poursuites d'attaques de l'UPC sur la Mission de l'ONU mais arrivée de magistrats à Bunia

23 janvier 2004

Les troupes de la MONUC sont depuis quelques jours l'objet d'attaques armées en Ituri. Toutefois l'arrivée à Bunia, la ville où se sont déroulées au printemps dernier des combats meurtriers, de magistrats nommés par le Gouvernement de transition constitue le premier signe d'une reprise de l'activité judiciaire dans la région.

La convocation, mercredi, du chef de l'UPC (Union des patriotes congolais) par le Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la RDC, William Lacy Swing, n'a pas suffi. Hier à nouveau vers 19 heures, des miliciens ont tiré sur le camp des Casques bleus pakistanais à Nizi à 28 km au nord de Bunia, indique un communiqué de la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo, la MONUC.

Des hélicoptères et des casques bleus de la Brigade de l'Ituri avaient récemment essuyé des tirs à Drodro et à Iga-Barrière, les 19 et 20 janvier derniers, de la part d'éléments armés de l'UPC disant obéir aux ordres du Chef d'Etat-major du mouvement, le Commandant Bosco Ntaganda, désigné à ce poste le 8 décembre 2003 par le leader de l'UPC, Thomas Lubanga.

Le Commandant Bosco Ntaganda est accusé par des témoins et des plaignants de graves violations des droits de l'Homme. Il existe plusieurs dossiers à charge contre lui concernant des cas d'exécutions sommaires de deux personnes à Bunia en mars 2003, d'enlèvements, de viols, d'exactions contre les populations civiles, d'extorsions quotidiennes d'argent et de biens, de prélèvements illégaux de taxes et d'autres délits. La MONUC et les institutions intérimaires de l'Ituri ont découvert aussi l'existence en divers endroits, notamment à Miala et Mabanga, de plusieurs cachots souterrains dont l'UPC se sert pour torturer des civils innocents.

M. Swing a demandé à M. Lubanga de prendre ses distances vis-à-vis de son chef d'état-major, formellement désigné par des témoins et par les 22 miliciens arrêtés par la MONUC, comme ayant ordonné les tirs contre la MONUC à la suite de l'attaque de Iga-Barrière. Il lui a aussi demandé de faire une déclaration publique condamnant clairement ces actes de violence contre la MONUC et de mettre fin à l'existence des structures parallèles à l'Assemblée spéciale intérimaire de l'Ituri (ASII) reconnue par la Communauté internationale et par le Gouvernement de Transition comme l'unique institution légitime en Ituri.

Samedi, 17 janvier 2004, le Représentant spécial avait convoqué le leader du Front des Nationalistes et Intégrationnistes (FNI), Floribert Ndjabu Ngabu, après l'attaque d'un hélicoptère de la MONUC à Kasenyi, le 16 janvier, pour condamner l'incident. Le chef du FNI avait condamné cette attaque sur les ondes de Radio Okapi, la radio créée par la MONUC dans le pays, et promis de faire le nécessaire pour que de tels incidents ne se répèten plus. Il s'était dit prêt à collaborer avec la MONUC pour restaurer la paix dans la zone sous son contrôle.

En dépit de ces provocations, la MONUC continue son travail de protection des populations civiles, de sécurisation des zones avec la poursuite des opérations de ratissage et de désarmement des groupes armés actifs en Ituri et va prochainement se déployer dans plusieurs autres localités de l'Ituri dont Mahagi et Aru, indique le communiqué.

Parallèlement, à Bunia, l'arrivée des magistrats nommés par le Gouvernement de transition annonce la reprise de l'activité du système judiciaire, grâce à l'appui d'urgence de la MONUC, de la Commission européenne et de la coopération française, indique également la MONUC.

« Il n'y a aucune raison pour qu'un système judiciaire ne soit pas en état de fonctionner en Ituri dans les semaines qui suivent : le Gouvernement de transition a nommé des magistrats, leur transport, logement et sécurité sont assurés par la MONUC » alors que d'autres besoins sont couverts par « la coopération française et la Commission européenne », indiquait, le 10 janvier, devant la résidence des magistrats à Bunia, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Willam Swing.

Quatre jours seulement après cette déclaration, cinq magistrats du siège, deux magistrats du Ministère public et deux greffiers nommés par le Gouvernement de transition sont arrivés à Bunia.

L'événement est de taille : l'arrivée des magistrats marque l'avènement d'une justice fonctionnelle, là où l'impunité a régné en maître, le rétablissement de l'Etat de droit à Bunia et progressivement dans tout le district de l'Ituri, « contribuant ainsi à créer des conditions susceptibles de faciliter un processus de réconciliation entre les communautés du district. »

Une vingtaine de plaintes a déjà été enregistrée alors qu'une grande partie de la population doit encore surmonter la peur des représailles.

 

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