Une conférence sur l'Afghanistan, début 2004, pourrait déboucher sur un plan clair assorti du financement requis, estime Kofi Annan

6 janvier 2004

Les résultats obtenus en Afghanistan sont importants, indique le Secrétaire général dans son dernier rapport mais l'insécurité qui gagne désormais les centres urbains risque de compromettre la tenue des élections à venir. Il exhorte l'OTAN à accélérer son extension et suggère que la tenue d'une Conférence, à la fois politique et des donateurs, au début de 2004, pourrait être une façon de renforcer et d'accélérer le processus de Bonn.

Même « s'il ne fait aucun doute que beaucoup a été accompli » - et le Secrétaire général de citer, dans son rapport publié aujourd'hui, la création de l'Administration de transition afghane, la mise en place d'un cadre national de développement, le lancement réussi de la nouvelle monnaie, le retour à l'école de quelque 4,2 millions d'enfants, dont un tiers de filles, la mise en chantier de la réforme du secteur de la sécurité, la constitution d'un réseau national de bureaux de la Commission indépendante des droits de l'homme en Afghanistan et la poursuite de la reconstruction des routes - il n'en reste pas moins que, selon lui, le processus de Bonn est entré dans sa phase la plus critique et la plus susceptible de diviser la société. »

Trois mesures sont à ses yeux décisives : le lancement le 24 octobre de la phase pilote de la campagne de désarmement et réinsertion, l'établissement des listes électorales, processus engagé le 1er décembre et la réunion de la Loya Jirga constitutionnelle. A l'époque où le rapport daté du 30 décembre a été achevé, l'issue de cette assemblée traditionnelle chargée d'adopter une nouvelle constitution, ce qui est aujourd'hui chose faite, n'était pas connue. Le Secrétaire général note en revanche que « les Afghans qui suivent les débats retransmis en direct par la radio et la télévision constatent une liberté de parole absente dans leur pays depuis de nombreuses années. »

Au premier rang des problèmes signalés dans le rapport, figure « l'insécurité que les factions font régner dans les provinces et les efforts déployés par des éléments perturbateurs, dont des Taliban, des partisans de Gulbuddin Hekmatyar, et éventuellement des membres d'Al-Qaida, pour faire capoter le processus de paix et la reconstruction en usant de tactiques terroristes et par la rébellion. »

Les capacités limitées de l'armée, de la police nationale et des forces internationales, y est-il expliqué, l'insécurité dans le sud et le sud-est du pays en particulier a réduit la zone dans laquelle le Gouvernement, les Nations Unies et la communauté internationale peuvent effectivement opérer, les amenant à concentrer leurs activités dans les villes et les centres régionaux où les risques étaient moins grands que dans les zones rurales.

Or, « les attaques perpétrées récemment contre les Nations Unies à Kandahar et à Ghazni et les menaces proférées par des personnes prétendant parler au nom des Taliban montrent bien que la sécurité du personnel international et le processus de Bonn sont désormais aussi menacés dans les centres urbains », souligne le Secrétaire général.

« Avec le début de l'inscription sur les listes électorales, le processus de Bonn est arrivé à un point où de telles stratégies de réduction des risques ne suffisent plus », alerte Kofi Annan. « Le nombre de centres d'inscription actuellement ouverts est trop réduit pour que le taux d'inscription fixé comme objectif puisse être atteint. Il faut pouvoir avoir directement accès à chacun des plus de 10 millions d'électeurs potentiels, et ceux auxquels on ne pourra avoir accès en raison de l'insécurité seront privés de leur droit de vote. »

« Là encore, il n'y a pas de temps à perdre », insiste Kofi Annan qui exhorte l'OTAN à faire tout son possible pour accélérer son extension, et par là le renforcement de la sécurité dans les provinces, actuellement prévue dans plusieurs mois.

Le Secrétaire général estime que « la course entre ceux qui appuient le processus de Bonn et ceux qui veulent le voir échouer » est désormais engagée, qu'il est « certainement possible de la gagner » mais qu'il faut en prendre les moyens.

« L'une des façons de s'attaquer aux problèmes pourrait être de convoquer une nouvelle conférence politique et de donateurs pendant les premiers mois de l'année 2004 pour déterminer la marche à suivre », suggère Kofi Annan. Un de ses objectifs serait d'accélérer l'exécution de l'Accord de Bonn mais elle contribuerait également au succès d'élections présidentielles prévues à la mi-2004. Un plan clair et des engagements de financement adaptés à son exécution signaleraient la détermination des dirigeants afghans et de la communauté internationale n'est absolument pas ébranlée », estime-t-il.

Le Secrétaire général rend enfin hommage à son Représentant spécial, Lakhdar Brahimi, qui s'apprête à quitter ses fonctions, « pour son dynamisme et son dévouement exceptionnels. »

 

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