Libéria : les lenteurs dans l'apport de troupes risquent de compromettre les résultats de la Mission de l'ONU, prévient Kofi Annan

19 décembre 2003

Sur les 15 000 soldats autorisés par le Conseil de sécurité, la Mission de l'ONU au Libéria n'en comptait, le 12 décembre dernier, que 5 900, indique le Secrétaire général dans son premier rapport sur la Mission de l'ONU dans le pays, la MINUL. Il y met en garde contre les dangers présentés par ce sous-effectif et prévient également les groupes armés qu'ils pourraient avoir à répondre des entraves à l'action des Casques bleus ainsi que des violations du cessez-le-feu.

Sur les 15 000 soldats autorisés par le Conseil de sécurité, la Mission de l'ONU au Libéria n'en comptait, le 12 décembre dernier, que 5 900, indique le Secrétaire général dans son premier rapport sur la Mission de l'ONU dans le pays, la MINUL. Il y met en garde contre les dangers présentés par ce sous-effectif et prévient également les groupes armés qu'ils pourraient avoir à répondre des entraves à l'action des Casques bleus ainsi que des violations du cessez-le-feu.

« Tout compte fait, le processus de constitution des contingents destinés à la MINUL n'a pas été totalement satisfaisant », estime le Secrétaire général dans son rapport rendu public hier. « Les États Membres ne se sont pas empressés de proposer des unités spécialisées dont la Mission a pourtant grand besoin, en particulier des hélicoptères d'assaut et des unités de transmission », indique le Secrétaire général. « Certains États Membres ont demandé que des modifications soient apportées au calendrier de déploiement de leurs contingents, tandis que d'autres ont retiré leurs offres de contingents après avoir procédé à des missions de reconnaissance au Libéria. »

« Un État Membre s'est trouvé initialement dans l'impossibilité d'obtenir l'assentiment de son parlement pour déployer les unités spécialisées qu'il avait proposées de fournir à la MINUL » et « un certain nombre d'autres États Membres ont proposé des contingents qui ne sont pas convenablement équipés », poursuit Kofi Annan.

Ces contre-temps dans le déploiement des forces de la MINUL auront « des répercussions préjudiciables », prévient le Secrétaire général qui précise qu'ils ont « entravé les efforts faits par la Mission pour se déployer au-delà de Monrovia et stabiliser la situation extrêmement précaire qui prévaut dans l'intérieur du pays. »

« Tant que la MINUL n'aura pas reçu suffisamment de troupes à déployer dans ces zones, les actes sporadiques de combat, de pillage, de harcèlement de civils et d'entraves au déplacement des patrouilles de la Mission dans l'intérieur du pays ne peuvent que se poursuivre », ajoute-t-il.

Le retard dans le déploiement des troupes se produit alors que le rapport signale une situation des droits de l'homme au Libéria très préoccupante. « Les escarmouches qui se poursuivent entre les factions armées se sont accompagnées d'attaques contre les civils, y compris, souvent, d'actes délibérés de meurtre, de mutilation, de viol, de torture, de mise à feu, d'enlèvement et de harcèlement, qui viennent s'ajouter aux vols, aux pillages et aux destructions de biens », y est-il noté.

Des informations concordantes font également état de représailles et d'atrocités commises dans le comté de Nimba par des Krahns liés au MODEL contre les groupes ethniques gio et mano. Des villages entiers dans cette zone ont été détruits, précise encore le rapport.

Pourtant, le Secrétaire général mentionne également des évolutions encourageantes dont le rôle « précieux » de la Commission mixte de contrôle. Lors de sa première réunion, indique-t-il, les groupes armés ont accepté de déclarer Monrovia et les principales zones de sa périphérie « zones exemptes d'armes ».

En application de cette décision, le Président par intérim de l'époque, Moses Blah, a remis à la MINUL plusieurs tonnes d'armes et de munitions appartenant aux forces de l'ancien gouvernement qui se trouvaient dans le Palais de la présidence et dans sa résidence. La MINUL a également rassemblé 22 tonnes d'armes et de munitions qui avaient été illégalement importées par l'ancien Président Charles Taylor et avaient été saisies par l'ECOMIL à l'aéroport Robertsfield.

Elle a également collecté les armes remises volontairement par près de 800 miliciens partisans de l'ancien Président Taylor et a en récupéré un nombre important lors d'opérations de bouclage et de perquisition dans la ville et ses alentours.

Autre élément positif, malgré les retards dans le déploiement des contingents des Nations Unies, « la Mission a commencé à étendre son influence au-delà de la capitale, par des patrouilles aériennes et terrestres dépêchées dans des lieux aussi éloignés que Zwedru, Harper, Greenville, Gbarnga, Robertsport, Buchanan et Tubmanburg », indique Kofi Annan.

Il note également la passation de pouvoirs, « sans accroc », le 14 octobre, entre le gouvernement provisoire conduit par le Président Moses Blah et le Gouvernement national de transition, dirigé par le Président Charles Gyude Bryant, un événement qu'il estime être « de bon augure pour la réussite d'une transition qui devrait déboucher sur des élections nationales crédibles en 2005. »

Le Secrétaire général souligne par ailleurs que d'ores et déjà et « avec des ressources extrêmement limitées , le Gouvernement de transition et l'Assemblée nationale de transition ont fait preuve d'une louable volonté d'aller résolument de l'avant dans la mise en oeuvre de l'Accord de paix global. »

Il exhorte cependant les États Membres « à mettre d'urgence à la disposition de la Mission les unités d'appui spécialisées dont elle a grandement besoin, en particulier des hélicoptères de combat et des unités de transmissions, dont le déploiement est capital pour l'efficacité de la MINUL. »

« La lenteur des réactions des États Membres face aux besoins militaires de la Mission ne manque pas d'être préoccupante, non seulement pour la bonne mise en oeuvre du mandat de la Mission mais également pour la planification future d'éventuelles opérations de maintien de la paix en Afrique, notamment au Soudan, au Burundi et en Côte d'Ivoire », fait-il remarquer.

Il déplore par ailleurs que les groupes armés n'aient « pas encore fait montre d'une volonté d'oeuvrer sans réserve à la réussite du processus de paix, comme il ressort des escarmouches qui se poursuivent ainsi que de la poursuite de violations graves des droits de l'homme et de la course égoïste aux postes de l'administration et des entreprises publiques » et les met en garde : « Si elles ne changent pas d'attitude, elles pourraient avoir à répondre des entraves à l'action des Casques bleus ainsi que des violations du cessez-le-feu qui sont à l'origine de la poursuite des violations des droits de l'homme. »

Il indique enfin qu'afin « de mobiliser les ressources nécessaires pour remettre en état l'infrastructure qui permettrait au Gouvernement national de transition du Libéria de fonctionner efficacement, et pour soutenir le rapatriement et la réinsertion des ex-combattants », l'ONU, la Banque mondiale et les États-Unis organiseront conjointement une conférence de donateurs sur le Libéria, qui se tiendra à New York au début de février 2004.

 

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