Kofi Annan affirme sa foi en des valeurs universelles qu'il importe d'appliquer et de défendre, en privé comme dans le monde

12 décembre 2003

Y a-t-il encore des valeurs universelles ? Une question que le Secrétaire général de l'ONU avait choisie pour thème d'une conférence qu'il donnait aujourd'hui à l'université de Tübingen en Allemagne et à laquelle il a répondu par l'affirmative.

« Oui, il y a des valeurs universelles. Les valeurs de paix, de liberté, de progrès social, ainsi que l'égalité en droits et en dignité, qui sont consacrées dans la Charte des Nations Unies et dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, sont aussi valables aujourd'hui qu'il y a plus d'un demi-siècle, lorsque ces textes ont été rédigés par les représentants de nations et de cultures différentes », a affirmé Kofi Annan devant son auditoire de l'université de Tübingen.

« Dans la pratique, a-t-il fait observer, elles n'étaient pas mieux appliquées alors qu'elles ne le sont aujourd'hui. Ces grands textes exprimaient une vision optimiste de l'avenir et non un état de fait. N'oublions pas que, parmi les États qui les ont rédigés et signés, il y avait l'Union soviétique, à l'heure où la terreur stalinienne atteignait son comble, ainsi que plusieurs puissances coloniales qui exerçaient leur domination sans état d'âme. »

« Les valeurs prônées par les fondateurs de l'ONU ne sont toujours pas pleinement respectées (...) mais elles sont plus largement acceptées qu'elles ne l'étaient il y a encore quelques dizaines d'années, a déclaré le Secrétaire général qui a fait remarquer que « la Déclaration universelle, en particulier, faisait désormais partie de l'ordre juridique de nombreux pays et était devenue le texte de référence pour tous les militants des droits de l'homme. »

« Le monde est devenu meilleur, a-t-il affirmé, et l'ONU y est pour beaucoup. »

Il a toutefois mis en garde les « déçus de la mondialisation » contre la tentation d'en revenir « à une conception frileuse de la communauté, qui tend à opposer les systèmes de valeurs et incite les gens à exclure du champ de leur empathie et de leur solidarité tous ceux qui n'ont pas les mêmes croyances religieuses, les mêmes convictions politiques, le même bagage culturel, voire la même couleur de peau. »

« Nous avons vu les conséquences désastreuses auxquelles peuvent conduire les particularismes: nettoyage ethnique, génocide, terrorisme et leur cortège de peur, de haine et de discrimination », a souligné Kofi Annan.

« Il est grand temps, a-t-il déclaré, de réaffirmer nos valeurs universelles. »

« Nous nous devons de condamner catégoriquement le nihilisme brutal des auteurs d'attentats comme ceux qui ont frappé les États-Unis le 11 septembre 2001. Nous devons les empêcher de provoquer un 'choc des civilisations', où des millions d'êtres humains de chair et de sang seraient sacrifiés pour des idées, l'islam et l'Occident, comme si les valeurs qu'elles véhiculent étaient incompatibles », a poursuivi le Secrétaire général.

« Aucune religion, aucun système de valeurs ne devrait être condamné en raison des méfaits de certains de ses adeptes », a-t-il affirmé.

Et il a ajouté : « En tant que chrétien, je ne voudrais pas que ma foi soit jugée au regard des Croisades ou de l'Inquisition, je dois donc me garder de juger la foi d'un autre en fonction des actes qu'une poignée de terroristes commet en son nom. »

De la même façon, « les musulmans ne devraient pas être réprouvés ou persécutés parce qu'ils s'identifient aux Palestiniens, aux Iraquiens ou aux Tchétchènes, quoi que l'on pense des griefs et des revendications nationales de ces peuples ou des méthodes utilisées en leur nom », a fait valoir Kofi Annan.

« De même, quelle que soit la force des réserves que d'aucuns peuvent nourrir à l'égard de la politique d'Israël, nous devrions toujours respecter le droit des juifs israéliens de vivre en sécurité à l'intérieur de leurs frontières et le droit des juifs du monde entier d'être profondément attachés à cet État, dans lequel ils voient l'expression de leur identité nationale et de la survie de leur peuple », a-t-il ajouté.

« En fin de compte, l'Histoire nous jugera non sur nos paroles, mais sur nos actes », a déclaré le Secrétaire général. « Ceux qui prêchent avec le plus de véhémence des valeurs comme la liberté, l'état de droit et l'égalité de tous devant la loi ont l'obligation particulière de les respecter et de les appliquer dans leurs rapports avec leurs ennemis aussi bien qu'avec leurs amis. »

Il a fait remarquer que « la tolérance n'était pas nécessaire à l'égard de ceux qui partagent nos opinions ou dont nous approuvons la conduite. C'est surtout lorsque nous sommes en colère que les principes d'humilité et de respect mutuel que nous proclamons doivent être appliqués. »

Et il a englobé l'ONU dans la nécessité de se remettre en cause. « Nous avons parfois tendance à insister sur l'utilité de notre action et l'importance de notre rôle et à blâmer les États Membres de ne pas mieux tirer parti d'une organisation si précieuse. Mais ce n'est pas assez. Nous devons faire tout notre possible pour améliorer l'ONU, pour la rendre plus utile aux peuples du monde, au nom desquels elle a été fondée, et plus exemplaire dans la façon dont elle applique les valeurs universelles proclamées par ses membres. »

Revenant à la question initiale : y a-t-il encore des valeurs universelles? Kofi Annan a à nouveau répondu « oui. »

« Oui, a-t-il dit, mais ces valeurs ne vont pas de soi. Nous devons mûrement y réfléchir. Nous devons les défendre. Nous devons les renforcer. Et nous devons trouver en nous la force de les vivre au quotidien, dans notre vie privée aussi bien que dans notre communauté, dans notre pays et dans le monde. »

 

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