L'Afghanistan au risque de l'échec s'il ne bénéficie pas d'un soutien international plus important, avertit Kofi Annan

8 décembre 2003

Le Secrétaire général de l'ONU souligne la détérioration de la sécurité dans l'ensemble de l'Afghanistan, appelant la communauté internationale à accroître son soutien, notamment en fournissant des ressources supplémentaires aux Forces internationales, ou à se préparer à l'échec.

Chaque jour supplémentaire pendant lequel des ministères clé du gouvernement restent sous l'emprise des factions est un jour de plus qui émousse la confiance des Afghans dans le gouvernement central, indique Kofi Annan, qui insiste, dans son dernier rapport sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales, pour que les ministères de la Défense, de l'Intérieur et des Renseignements soient parmi les tout premiers réformés.

« Tandis que l'Administration transitoire s'efforce de renforcer son autorité et d'étendre la couverture sécuritaire aux provinces, la politique des factions, qui déstabilise une bonne partie du pays, sape sa légitimité (…) D'importants groupes ont de plus en plus le sentiment que certaines institutions gouvernementales ne sont ni comptables de leurs actions ni représentatives des aspirations nationales », affirme Kofi Annan.

Le rapport conclut que « la communauté internationale doit décider ou d'accroître son niveau d'engagement en Afghanistan ou risquer d'aboutir à un échec. »

« Il est indispensable, souligne Kofi Annan, que la soutien international soit significativement augmenté. (…) La communauté internationale doit, avant tout, réaffirmer sa détermination à assurer la sécurité. (…) Les États Membres contribueront au mieux à combler les lacunes en matière de sécurité en mettant concrètement en application la résolution 1510 (2003) et en fournissant les ressources qui permettront à la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) de se déployer dans les zones où sa présence est particulièrement nécessaire. »

Quant à l'ONU, le Secrétaire général indique qu'elle demeure résolue à s'acquitter du mandat défini à Bonn, mais qu'elle n'y parviendra que « si la détérioration actuelle de la sécurité est totalement enrayée et si les programmes et le personnel des Nations Unies, des organisations non gouvernementales et d'autres organismes qui apportent leur concours aux Afghans bénéficient d'une protection adéquate. »

Le rapport attribue l'aggravation de l'insécurité à une criminalité non contrôlée, à la recrudescence des combats entre les factions et aux activités relatives au commerce illégal des stupéfiants. L'intensification des attaques menées contre le personnel international et national des organismes d'assistance a été un des éléments majeurs de la période considérée avec notamment l'assassinat de Bettina Goislard, la collaboratrice du HCR, l'agence de l'ONU pour les réfugiés, qui a entraîné la suspension du programme de rapatriement des réfugiés afghans mis en place par l'agence.

Les principales menaces contre la sécurité continuent à être les attaques terroristes menées par des éléments soupçonnés d'appartenir à Al-Qaida, aux Taliban et aux partisans de Hekmatyar contre les forces gouvernementales, l'Organisation des Nations Unies et la communauté humanitaire, indique le rapport.

Les questions de sécurité revêtent d'autant plus d'importance que la Loya Jirga constitutionnelle s'apprête à se réunir et qu'il importe que, comme les élections nationales de 2004, elle se déroule dans de bonnes conditions.

Le projet de constitution, qui sera débattu par les 500 délégués rassemblés sous la grande tente de la Loya Jirga, prévoit de mettre en place un président disposant de pouvoirs importants ainsi qu'un parlement bicaméral, précise le rapport. Le respect des droits de l'homme fondamentaux, et en particulier les droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, est mentionné dans le projet. Par ailleurs, il stipule que les lois du pays doivent être conformes aux principes de l'islam. Le projet décrit des mesures de transition dont la tenue d'élections présidentielles dans les six mois suivant la ratification et d'élections législatives au plus tard un an après.

Le projet a suscité des réactions diverses, est-il précisé. Un nombre important d'Afghans estime que ce projet favorisera le processus de paix et renforcera l'état de droit. D'autre part, de nombreux Afghans continuent à être favorables à une monarchie constitutionnelle. Cette opinion est particulièrement forte parmi les Pashtouns. Le statut des langues nationales est également controversé ; le pashto et le dari seront les langues nationales alors que les langues des minorités n'auront aucun statut officiel.

Kofi Annan indique enfin qu'à l'invitation du Conseil de sécurité, il a étudié la possibilité d'organiser une deuxième conférence internationale sur l'Afghanistan. Cette deuxième conférence, fait-il valoir, permettra de réviser les priorités pour l'Afghanistan et de définir un programme d'action s'étendant au-delà de la période de mise en oeuvre de l'Accord de Bonn. "Elle devrait donc permettre de renouveler l'appui politique et financier nécessaire à une réelle transition politique et économique, telle que la préconise l'Accord de Bonn", indique-t-il.

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.