Conseil de sécurité : « Faire des soldats de l'ONU des leaders de la lutte contre le sida et non des victimes »

Conseil de sécurité : « Faire des soldats de l'ONU des leaders de la lutte contre le sida et non des victimes »

Intervention de Peter Piot au Conseil de sécurité
Alors que le chiffre des victimes du sida ne cesse d'augmenter, des responsables de l'ONU rendaient compte ce matin au Conseil de sécurité des mesures prises pour combattre l'épidémie au sein même des opérations de maintien de la paix de l'ONU. Le Secrétaire général, Kofi Annan, indiquait par ailleurs que 3 milliards de contributions annuelles au Fonds mondial de lutte contre le sida étaient nécessaires à la lutte contre l'épidémie.

Dans leurs communications au Conseil de sécurité, ce matin, Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix et Peter Piot, Directeur exécutif du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), ont fait part de leurs efforts conjoints pour améliorer la prévention et la lutte contre le sida au sein du personnel du maintien de la paix de l'ONU en application de la demande formulée en 2000 par le Conseil de sécurité dans sa résolution 1308.

L'un et l'autre ont insisté sur l'ampleur de la tâche qui concerne 42 000 soldats et policiers, placés sous le commandement de l'ONU tout en provenant de 92 pays différents.

"Cela représente un défi immense que de mettre en place une formation répondant aux spécificités culturelles", a fait observer M. Guéhenno, qui a rappelé que le Département du maintien de la paix avait signé un accord-cadre de coopération avec l'ONUSIDA en 2001. "Tous nos efforts cherchent à faire diminuer le risque que le personnel de la paix contracte ou transmette le VIH pendant qu'il est en mission", a-t-il ajouté.

Un des résultats les plus concrets de cette démarche, selon lui, réside dans la présence de conseillers spécialisés dans la politique en matière de VIH-sida dans quatre grandes opérations de maintien de la paix, la République démocratique du Congo (RDC), le Timor-Leste, l'Ethiopie-Erythrée et la Sierra Leone et le recrutement d'un conseiller pour le Libéria.

Si la formation, via la distribution de documents d'information et de sensibilisation et la mise en place d'un module de formation préalable au déploiement, est essentielle, a fait valoir M. Guéhenno, le respect des règles de bonne conduite l'est aussi. Son département pratique également une politique de "tolérance zéro" aux infractions telles que le recours à des professionnelles du sexe. "Des directives disciplinaires révisées ont été envoyées aux missions et les mécanismes d'enquête ont été renforcés", a-t-il précisé.

Aux yeux de Peter Piot, la réflexion du Conseil de sécurité sur la question du sida en 2000 et la résolution 1308 qui en a résulté, a "complètement modifié le paysage mondial de la lutte contre cette maladie." Il a regretté toutefois que le Conseil n'ait pas expressément pris en compte le sida dans un certain nombre de résolutions récentes créant ou prorogeant des missions de l'ONU, notamment celles opérant dans des régions qui connaissent de fortes épidémies du sida.

Attirant l'attention sur le fait que les pays accueillant des missions de la paix de l'ONU réclament de plus en plus que les troupes fassent l'objet de tests de détection obligatoire, M. Piot a estimé que cette question devait être traitée en amont à travers des politiques non discriminatoires protégeant la confidentialité et évitant la stigmatisation.

Il a souligné les problèmes rencontrés dans le cadre d'une démarche qui s'adresse à des troupes en rotation relativement rapide, servant souvent dans des régions à forte prévalence et qui subissent à la fois le stress lié à la séparation d'avec leur famille et celui découlant des conditions de travail.

"L'objectif poursuivi en coopération avec le Département du maintien de la paix est que tout le personnel en uniforme soit leader et non victime dans la lutte contre le sida", a-t-il affirmé, ajoutant que, "si le problème posé par le VIH-sida n'était pas réglé, c'était la durabilité de ces opérations qui était menacée."

Entre autres dispositions, la résolution 1308 adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 17 juillet 2000 « prie le Secrétaire général de prendre de nouvelles mesures pour former le personnel des opérations de maintien de la paix aux questions en rapport avec la prévention de la propagation du VIH/sida et de continuer d'encourager la formation de l'ensemble du personnel des opérations de maintien de la paix avant son déploiement comme sur le terrain. »

Le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a indiqué aujourd'hui à la presse, ce matin à New York, qu'il faudrait faire plus pour lutter contre cette « épidémie majeure » et qu'il aimerait que le Fonds mondial de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme reçoive une dotation annuelle de 3 milliards de dollars, répartie par tiers entre les Etats-Unis, l'Union européenne et d'autres sources, selon un porte-parole, au siège de l'Organisation. Kofi Annan a également lancé un appel pour que, "des présidents aux chefs de communauté", il y ait une prise en mains de la lutte contre le sida à tous les niveaux et réclamé une nouvelle baisse du prix des médicaments.