Myanmar : l'arrestation d'Aung San Suu Kyi, peut-être un coup fatal au dialogue politique, selon le rapporteur de l'ONU

11 septembre 2003

En plaçant en détention Aung San Suu Kyi, la chef de file du mouvement militant pour l'instauration de la démocratie au Myanmar, ainsi que de nombreux membres de ce mouvement, le Gouvernement a donné un coup d'arrêt à la normalisation de la vie politique et économique, indique le Rapporteur de l'ONU sur la situation des droits de l'homme dans le pays qui appelle à leur libération.

« Les événements liés au 30 mai ont porté un coup potentiellement fatal au dialogue politique et, par voie de conséquence, à l'amélioration de la situation des droits de l'homme : tous les progrès accomplis depuis l'instauration du dialogue en 2000 ont été en quelque sorte réduits à néant du jour au lendemain », indique le Rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme au Myanmar, Paulo Sergio Pinheiro, dans un rapport qui vient d'être rendu public

Il souligne également que « l'attitude adoptée à l'heure actuelle par le Gouvernement a mis un coup d'arrêt à diverses possibilités de coopération avec certains États et institutions internationales qui étaient disposés à lui apporter leur concours dans son effort de normalisation de la vie politique et économique du pays. »

« En agissant ainsi, le Gouvernement compromet gravement les chances de trouver rapidement une solution à la situation humanitaire précaire, ce qui risque d'avoir des répercussions sur l'exercice de tous les droits fondamentaux », estime M. Pinheiro qui indique avoir demandé aux autorités du Myanmar l'autorisation de se rendre dans le pays « pour évaluer la situation » et n'avoir pas reçu de réponse.

« Si le SPDC [N.R.: Parti au pouvoir] souhaite réaffirmer sa volonté d'appuyer le processus de réconciliation nationale, il doit commencer par libérer, sans délai et sans condition, Daw Aung San Suu Kyi, ainsi que toutes les personnes détenues en raison des incidents du 30 mai et tous les autres prisonniers politiques. Ces questions doivent absolument être réglées sans tarder. Les personnes responsables des actes de violence du 30 mai doivent répondre de leurs actes », estime Paulo Sergio Pinheiro.

Le 30 mai dernier, Aung San Suu Kyi, Secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) et plusieurs membres et sympathisants du mouvement avaient été attaqués par des manifestants favorables au Gouvernement puis placés en détention dite « de protection » par les autorités. Malgré de nombreux appels réclamant leur libération, dont ceux du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, cette détention se poursuit.

Quant à M. Pinheiro, il avait décidé, en mars dernier, d'écourter sa visite dans le pays après avoir découvert un micro espion placé sous son bureau alors qu'il s'entretenait avec des prisonniers politiques.

 

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