Inculpation de Charles Taylor : le Procureur du Tribunal pour la Sierra Leone en appelle à la communauté internationale

5 juin 2003

Pour le Procureur du Tribunal spécial pour la Sierra Leone, la mise en inculpation du Président du Libéria, hier, a été une "grande journée" qui s'est mal terminée. Il en appelle aujourd'hui à la communauté internationale et au Conseil de sécurité pour qu'ils agissent immédiatement pour traduire Charles Taylor, "devenu un fugitif international", en justice.

"C'était un grand jour hier à Freetown, un jour que certains pensaient ne jamais voir venir", a déclaré aujourd'hui le Procureur du Tribunal spécial pour la Sierra Leone, David Crane, se référant à l'annonce, hier, de la mise en accusation du Président du Libéria, Charles Taylor, et au mandat international lancé le même jour contre lui et transmis simultanément aux autorités du Ghana où le chef de l'Etat libérien participait à des pourparlers de paix.

"Charles Taylor a fui la réunion au Ghana, hier, a indiqué David Crane, et est retourné au Libéria, ce qui fait de lui un fugitif international. Le combat pour traduire en justice cet homme inculpé de crimes de guerre commence."

Le Procureur a regretté que "la communauté internationale ait déçu le peuple de Sierra Leone et d'Afrique de l'Ouest." "Les Nations Unies et la République de Sierra Leone ont créé ce tribunal, convaincues que si le droit ne prévaut pas, quel que soit le rang ou le statut, la région ne connaîtra pas de paix véritable. Elles ont perdu une occasion de tenir cette promesse. Au lieu de cela, elles ont fourni de piètres excuses", a-t-il déclaré.

Il a cité la Procureur du Tribunal de l'ONU pour l'ex-Yougoslavie, Louise Arbour, qui avait déclaré, au moment de l'inculpation de Slovodan Milosevic : « Je ne pense pas qu'il soit approprié pour des politiciens de se prononcer sur l'opportunité d'une mise en accusation à un moment donné ou par rapport à son effet sur un processus de paix. »

"Le processus de paix devrait continuer sans Taylor", a estimé David Crane qui a lancé un appel au Conseil de sécurité, à l'Union africaine et à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) "pour qu'ils fassent preuve de leadership" et qu'ils "amènent Charles Taylor devant la justice."

A New York, le porte-parole de l'ONU a indiqué que Kofi Annan continuait à soutenir le travail du Tribunal. "Il attache également une grande importance au processus de paix au Libéria car les problèmes du pays ne peuvent être résolus que par des voies politiques", a-t-il indiqué.

"La coïncidence entre l'inculpation du Président Taylor et l'effort politique de haut niveau en cours au Ghana était malheureuse mais elle illustre la tension qui existe parfois entre les impératifs de la justice et de la paix", a-t-il ajouté.

 

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