15 septembre 2020

La 75e session de l’Assemblée générale des Nations Unies s’ouvre aujourd’hui. Une année particulière en raison de la pandémie de Covid-19. Le débat général annuel sera virtuel, les chefs d’Etat et de gouvernement ne pouvant pas se déplacer à New York.

Dans un entretien accordé à ONU Info, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré que la pandémie de Covid-19  devrait être une leçon d'humilité pour les dirigeants du monde, et un manque de solidarité de la part de certaines nations riches envers les pays en développement, signifie que nous allons tous payer un lourd tribut.

ONU Info : La Covid-19 a durement frappé le monde et a changé beaucoup de choses. Nous avons été témoins d'actes de solidarité extraordinaires, mais il reste encore quelques luttes à mener. Comment évaluez-vous la situation actuelle face à cette pandémie ?

Secrétaire général de l’ONU : Je suis très inquiet. La pandémie nous a montré l'énorme fragilité du monde. Non seulement par rapport à la Covid-19, mais aussi par rapport au changement climatique, à l'anarchie dans le cyberespace, aux risques de prolifération nucléaire, aux impacts des inégalités sur la cohésion de la société.

Un virus microscopique nous a mis à genoux. Cela devrait conduire les dirigeants du monde à beaucoup d'humilité, et à la solidarité dans la lutte contre la Covid-19. Mais nous savons qu'il n'y a pas eu d'unité. Chaque pays a adopté sa propre stratégie, et nous avons vu les résultats : le virus a progressé partout.

Dans les pays en développement, les gens souffrent tellement de ce manque de solidarité. C'est négatif pour tout le monde, car si nous ne sommes pas capables de traiter correctement la Covid-19 dans ces pays, le virus va et vient et nous allons tous payer un lourd tribut, même dans les pays les plus riches du monde.

ONU Info : Qu'espérez-vous que les gouvernements et la communauté internationale fassent pour surmonter la pandémie et en sortir plus forts ?

Secrétaire général de l’ONU : Nous avons besoin que tout le monde coopère et travaille ensemble. Il est absolument essentiel qu'un vaccin contre la Covid-19 soit considéré comme un bien public mondial, un vaccin pour les peuples. Nous voulons éviter une concurrence entre les pays qui essaient de se procurer le plus grand nombre possible de vaccins pour eux-mêmes, et qui oublient ceux qui ont moins de ressources.

Nous avons besoin d'un vaccin abordable pour tout le monde, partout, car nous ne serons en sécurité que si tout le monde est en sécurité. Penser que nous pouvons préserver les riches et laisser les pauvres souffrir est une erreur stupide.

ONU Info : La Covid-19 a pu détourner l'attention et les ressources de la nécessité urgente d'agir pour le climat. Quelles sont les trois choses essentielles qui doivent être faites immédiatement pour que le monde passe à la vitesse supérieure sur cette question ? 

Secrétaire général de l’ONU : Notre objectif a été défini par la communauté scientifique. Nous devons absolument limiter la hausse de la température à 1,5 degré Celsius, d'ici la fin du siècle. Pour cela, nous devons atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Et pour cela, nous devons avoir une réduction d'environ 45% des émissions de gaz à effet de serre au cours de la prochaine décennie.

Les objectifs sont donc clairs. Comment pouvons-nous les atteindre ? Nous avons besoin d'un engagement total, en particulier des grands émetteurs, dans toutes les actions de transformation dans les domaines de l'énergie, de l'agriculture, de l'industrie, des transports, dans tous les domaines de notre vie. Nous avons besoin d'actions de transformation qui permettent d'atteindre ces objectifs.

Et c'est très simple. Nous devrions cesser de dépenser l'argent des contribuables en subventions aux combustibles fossiles. Nous devrions investir massivement dans les énergies renouvelables parce que c'est moins cher et que c'est plus rentable. Ce n'est pas seulement la bonne chose à faire, c'est aussi la meilleure chose à faire sur le plan économique.
Nous devons arrêter la construction de centrales à charbon. Nous devons investir dans de nouvelles formes de mobilité, notamment par le biais des voitures électriques. Nous devons investir dans l'hydrogène. C'est le carburant de l'avenir. 

Et en même temps, nous devons mener à bien la protection de la biodiversité, la protection des forêts, la transformation de notre agriculture. Sur tous ces aspects, nous devons travailler ensemble avec une stratégie commune et avec un objectif clair, nous devons être neutres en carbone en 2050.

Photo ONU Info/Ben Dotsei Malor
May Yaacoub d'ONU Info lors d'un entretien avec le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres.

ONU Info : L'échéance de 2030 fixée pour la réalisation des 17 objectifs de développement durable n'est vraiment pas très loin. Comment les dirigeants du monde devraient-ils recentrer leurs efforts pour atteindre ces objectifs ? Après tout, ne sont-ils pas notre modèle pour une planète plus durable et plus équitable ?

Secrétaire général de l’ONU : Eh bien, en raison de la Covid-19 et de la nécessité de relancer nos économies, nous dépensons actuellement des billions de dollars. Donc, si vous dépensez des millions de dollars, faisons-le en accord avec les objectifs de développement durable.

Faisons-le en accord avec le Programme 2030. Reconstruisons mieux nos économies, avec plus d'équité dans la lutte contre les inégalités, avec plus de durabilité dans la lutte contre le changement climatique, et en abordant tous les autres aspects qui sont pertinents aux objectifs de développement durable - que ce soit la réduction de la pauvreté, la protection des océans, l'éducation, la santé, la gouvernance. La Covid-19 est donc une menace, un problème, mais aussi une opportunité, car en changeant, nous pouvons évoluer dans la bonne direction. Alors que nous mobilisons des ressources massives pour reconstruire, nous pouvons reconstruire dans la bonne direction et notre schéma directeur doit être le Programme 2030 et les objectifs de développement durable.

ONU Info : L'ONU existe depuis 75 ans, et vous avez appelé tout le monde à participer activement à la conversation mondiale, en particulier celles et ceux qui ne sont pas souvent entendus, y compris les jeunes. Vous avez parlé aux jeunes, mais vous étiez aussi souvent en mode écoute. Qu’est-ce qui vous a encouragé dans ces conversations avec les jeunes ?

Secrétaire général de l’ONU : Un engagement très fort des jeunes dans les entreprises internationales. La jeune génération est beaucoup plus cosmopolite que la mienne. Ils ressentent une approche universaliste des problèmes. Ils comprennent que nous devons être ensemble. 

Et donc ils comprennent que nous avons besoin d'un multilatéralisme plus fort, mais le multilatéralisme qui est aussi le multilatéralisme des gens, dans lequel ils peuvent participer à la prise de décision, et cet engagement très fort des jeunes pour des idées comme la couverture santé universelle ; pour des idées comme l'action pour le climat ; pour des idées comme plus de justice et d'égalité dans nos sociétés ; l'égalité des sexes, la lutte contre le racisme. Tous ces aspects montrent que les jeunes sont très engagés. C'est le plus grand espoir que j'ai en ce qui concerne notre avenir commun.

ONU Info : il y a 25 ans, la déclaration de Pékin a marqué un tournant historique dans la promotion des droits des femmes. Mais des millénaires de patriarcat ont abouti à un monde dominé par les hommes. Que souhaiteriez-vous que les hommes fassent, pour que nous ayons une politique de parité et d'égalité des sexes ?

Secrétaire général de l’ONU : les hommes doivent comprendre qu'il est dans l'intérêt de tous, et pas seulement des femmes, d'avoir l'égalité et la parité des sexes, parce que le monde sera meilleur.

Il est vrai que nous vivons dans un monde dominé par les hommes, avec une culture dominée par les hommes. C'est pourquoi il est si important, au sein des Nations Unies, d'atteindre la parité. Et nous l'avons fait au plus haut niveau, mais nous devons maintenant le faire partout.

Il s'agit essentiellement d'une question de pouvoir et nous devons avoir une - je n'aime pas utiliser l'expression - autonomisation des femmes. Il semble que nous donnons le pouvoir aux femmes. Le pouvoir n'est pas donné, il se prend, mais nous devons faire bouger les femmes afin d'affirmer leur rôle dans la société. Et nous avons besoin que les hommes comprennent que c'est une chose positive.

ONU Info : M. Guterres, vous avez parlé avec passion des inégalités et de l'injustice, la cause de nombreux problèmes dans le monde aujourd'hui. Quels en sont les exemples les plus graves, et comment le multilatéralisme peut-il être la réponse pour que toute l'humanité en bénéficie  ?

Secrétaire général de l’ONU : Il est très choquant, du point de vue de la richesse et des revenus, de voir qu'1% de l'humanité dispose de plus de ressources que la moitié de la population mondiale. Mais je dirais que les aspects les plus choquants de l'inégalité ne sont pas nécessairement liés à l'argent. 

Il s'agit de l'inégalité liée aux discriminations en fonction du sexe, du racisme, de la religion, des personnes handicapées, de la communauté LGBTQI. Je veux dire que nous devons avoir une société dans laquelle la cohésion est notre objectif. Nous devons investir dans la cohésion pour que chaque communauté - les communautés indigènes, les minorités dans les sociétés - ait le sentiment que son identité est respectée, mais aussi qu'elle fait partie de la société dans son ensemble.

ONU Info : M. Guterres, le dernier mot est pour vous. Il s'agit d'une Assemblée générale virtuelle, dépourvue de la fanfare habituelle, mais pleine d'urgence, de gravité et d'espoir. Que voudriez-vous que les dirigeants du monde entier et le public retiennent de cette Assemblée générale ?

Secrétaire général de l’ONU : Eh bien, bien sûr, beaucoup de choses, mais si je devais choisir, disons des priorités, je dirais, s’assurer que nous avons un cessez-le-feu mondial. S’assurer d'avoir un vaccin qui soit un bien public mondial, et un vaccin pour les gens. Et s’assurer que lorsque nous reconstruisons nos économies, nous le faisons pour atteindre la neutralité carbone en 2050.

 

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