17 septembre 2019

En juin dernier, le Représentant permanent du Nigéria auprès des Nations Unies, Tijjani Muhammad-Bande, a été élu par acclamation pour présider la 74e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, qui démarre mardi 17 septembre à New York.

Dans son première grand entretien avec ONU Info, M. Muhammad-Bande a mis l'accent sur l'éradication de la pauvreté, l'éducation de qualité et l'inclusion comme ses principales priorités.

« L'éducation est vraiment une question complexe. Quiconque se voit refuser l'éducation est privé de presque tout », explique-t-il. Avec l'éducation, « nous aurons probablement moins de haine, nous aurons probablement une meilleure compréhension... Nous aurons probablement plus d'égalité ».

Le nouveau Président de l'Assemblée générale estime également qu’il est important de marquer le 75ème anniversaire de la création de l'ONU, événement fondateur « dans l'histoire de l'Organisation et du monde, et de la politique en général… qui devrait nous rappeler les raisons d’être de l'Organisation, ses limites et ses promesses, et c'est cette promesse que nous devons tous garder en tête ».

ONU Info/Nam Cho
Le Président de l'Assemblée générale, Tijjani Muhammad-Bande, s'adresse à ONU Info (septembre 2019)

ONU Info a commencé par lui demander d'exposer ses principales priorités :

Tijjani Muhammad-Bande : Mes trois priorités principales, outre les priorités normales de tous les Présidents de l'Assemblée générale des Nations Unies, sont l'élimination de la pauvreté, une éducation de qualité et l'inclusion.

ONU Info : Pouvez-vous nous donner une idée de la manière dont vous comptez vous y prendre pour réaliser ces priorités ? Des initiatives concrètes ?

Tijjani Muhammad-Bande : L'idée est que tous les membres sont capables d'aider les autres parfois en montrant ce qu'ils ont fait, ce qui a fonctionné, ce qui n'a pas fonctionné, et quel soutien ils sont capables d'apporter aux autres sur une base temporaire.

Il y a eu beaucoup d'initiatives sur une longue période concernant l'éradication de la pauvreté et les liens entre la pauvreté et de nombreuses autres afflictions. Et je pense qu’il est important de travailler avec les États membres pour examiner ces choses et voir ce qu'ils sont capables de faire avec d'autres dans le cadre de ces paramètres.

C'est donc tout un éventail de choses qui peuvent se produire si nous sommes capables de nous écouter les uns les autres en fonction de nos besoins et de notre capacité à travailler ensemble pour résoudre ou atténuer certains problèmes.

ONU Info : Vous allez être Président de l'Assemblée générale au cours d'une période de grande méfiance entre les nations. Comment allez-vous les rassembler sur la scène mondiale ?

Tijjani Muhammad-Bande : Eh bien, tout d'abord [nous devons] continuer à nous rappeler pourquoi cette Organisation a été créée en premier lieu.

C'est d'une importance vitale parce que beaucoup de choses tournent mal lorsque nous ne réfléchissons pas à ce qui pourrait advenir si nous n'avions pas cette Organisation, en termes de chaos, en termes, par exemple, de capacité d’affronter des pandémies, en termes de capacité de gérer les problèmes - même les problèmes liés à la migration et aux réfugiés.

Donc, lorsque vous rappelez aux gens ce qui pourrait arriver et que ce ne sont pas toujours des notions théoriques, ce sont des réalités historiques. Nous pouvons leur dire : 'Regardez ce qui s’est passé, ce qui pourrait arriver si nous n'écoutons pas un peu plus, si nous ne coopérons pas un peu plus'.

En tant que représentants des États membres, nous devrions respecter les autres, parce qu'ils sont ici, parce qu'ils sont aussi membres et qu'ils ont une voix. Ils ont des choses à dire, que nous devons écouter.

Et c'est seulement grâce à cette approche que nous pouvons obtenir des résultats.

Photo ONU/Mark Garten
Le Président de la 74ème session de l'Assemblée générale s'adresse aux journalistes lors d'un point de presse, en septembre 2019.

 

ONU Info : Vous avez parlé d'améliorer la façon de faire à l'ONU. Qu’aimeriez-vous mettre en œuvre ?

Tijjani Muhammad-Bande : Il s'agit simplement de revenir à certaines des discussions qui ont lieu partout sur la façon dont les divers organes sont en mesure de coordonner leur travail pour réduire les chevauchements, de tirer des leçons de ce que font les autres et de réduire les chevauchements sur le plan des coûts.  Disons qu'au cours des cinq prochaines années, c'est un autre genre de conversation que nous devrions avoir au sujet de la synergie, au sujet de [notre] capacité d'unir nos efforts pour obtenir des résultats.

ONU Info : Votre mandat coïncide avec le moment historique du 75ème anniversaire de l'ONU. Que pensez-vous du travail de l'ONU et de son avenir ?

Tijjani Muhammad-Bande : Il a eu une très bonne base depuis ses débuts. Nous avons eu quelques domaines dans lesquels nous n'avons pas aussi bien réussi, par exemple en ce qui concerne le génocide au Rwanda. Il existe de nombreux autres domaines par exemple, les normes concernant les questions de santé et les pandémies, les questions relatives à l'agriculture, les questions relatives à la lutte contre le terrorisme, dans lesquels il existe un point de vue émergent et certaines contraintes concernant non seulement la nécessité de travailler ensemble, mais aussi celle d’agir sur le terrain.

Il y a beaucoup d'enthousiasme, au sein même du système des Nations Unies et à l'extérieur de l'ONU, quant à la nécessité de marquer ce 75ème anniversaire en tant qu’important moment dans l'histoire de l'Organisation et du monde et de la politique en général.

Il doit nous rappeler les raisons d’être de l'Organisation, ses limites et ses promesses, et c'est cette promesse que nous devons tous garder à l'esprit.

ONU Info : Pensez-vous que c'est l'occasion de célébrer le multilatéralisme et ce qu'il a accompli ?

Tijjani Muhammad-Bande : Oh, c'est une célébration, pour célébrer le multilatéralisme et aussi pour examiner les forces qui entravent le pleine réalisation des approches multilatérales pour résoudre certains problèmes.

 

 

ONU Info : Avez-vous des plans pour améliorer la parité entre les sexes à l'ONU ?

Tijjani Muhammad-Bande : Je pense que l'amélioration réside vraiment dans la mise en œuvre de ce dont nous avons convenu, c'est-à-dire de réaffirmer et d'agir de manière concertée pour veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte sans distinction de sexe, de race ou de religion. Il est donc vraiment crucial que les Nations Unies montrent la voie à suivre dans ce domaine.

Et bien sûr, pendant la Présidence de la 74ème [session], nous avons aussi l'occasion de nous pencher sur Beijing+25. Cela nous donne une autre plateforme pour réfléchir davantage et voir si nous sommes en mesure de trouver des moyens encore plus efficaces d'assurer l'égalité des sexes.

ONU Info : Je vais revenir à votre deuxième priorité. Vous avez mentionné l'éducation ; pouvez-vous nous dire pourquoi elle est si importante pour vous et comment elle se traduit sur le terrain ? Son impact ?

Tijjani Muhammad-Bande : L'éducation est vraiment une question complexe. Quiconque se voit refuser l'éducation se voit refuser presque tout. Regardez le lien entre l'éducation et l'emploi, l'éducation et l'égalité, l'éducation et le sens de vos droits, et partout dans le monde, nous nous attendons à ce qu'avec plus d'accès à l'éducation, de meilleurs programmes, nous ayons moins de haine, une meilleure compréhension, une plus grande égalité, nous soyons susceptibles d'avoir une meilleure économie. Les gens naissent dans une certaine position. Seule l'éducation égalise tout et tout le monde. C'est important.

 

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