19 octobre 2018

En août, Michelle Bachelet, Présidente du Chili à deux reprises et première dirigeante d’ONU Femmes, a été nommée nouvelle Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et succède à Zeid Ra’ad Al Hussein.

Le Haut-Commissaire a pour mandat de promouvoir et de protéger la jouissance et la pleine réalisation par tous des droits énoncés dans la Charte des Nations Unies et dans le droit et les traités internationaux relatifs aux droits de l’homme. Le mandat comprend également la prévention des violations des droits de l'homme et la promotion de la coopération internationale en la matière.

Peu de temps après son entrée en fonction début septembre, Mme Bachelet était à New York pour le débat général de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations Unies. Elle a discuté avec ONU Info de la situation des droits dans le monde, des priorités de son mandat et de la manière dont les droits peuvent être mieux protégés.

Interrogée sur sa propre expérience au Chili, où elle a été arrêtée et torturée sous la dictature militaire d'Augusto Pinochet, Michelle Bachelet estime que l’environnement « attentionné et affectueux » dans lequel elle a grandi l’a aidée à être résiliente.

« Il y a eu une période dans ma vie où je détestais vraiment ce qui se passait. J’étais vraiment en colère », explique-t-elle. Ensuite, ajoute-t-elle, elle est arrivée à la conclusion qu’elle ne voulait pas que cela arrive de nouveau au Chili et qu’elle voulait aider son pays à construire une société démocratique et pacifique.

Les droits de l’homme attaqués à travers le monde

Michelle Bachelet, qui occupe son nouveau poste depuis début septembre, arrive à un moment où les droits de l’homme sont attaqués à travers le monde.

« Mes priorités sont de faire ce que mon mandat me dit de faire, d’être la voix des sans-voix, mais aussi de dialoguer avec les gouvernements afin qu'ils respectent les droits de l'homme, protègent les personnes des violations des droits et défendent les droits de l'homme », dit-elle.

Elle insiste sur la prévention. « Je vais essayer de concevoir un système dans lequel nous pouvons avoir des signes avant-coureurs et essayer de penser à une action rapide », explique-t-elle.

Dans le cas des pays qui ne veulent pas coopérer avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), elle souligne qu’elle a eu une série de rencontres avec les groupes régionaux d’Etats membres à Genève, pour exprimer son point de vue mais aussi écouter ce qu’ils ont à dire sur le sujet.

« Aujourd'hui, le monde est compliqué et il est très polarisé sur certains problèmes. Je ferai de mon mieux et j'espère réussir. Quoi qu'il en soit, le Conseil des droits de l'homme est également en train de se réformer pour être plus efficace, et le HCDH en assure le secrétariat. Nous allons donc soutenir les efforts visant à améliorer les résultats (…) et j’espère que nous obtiendrons des résultats importants », dit-elle.

Alors que la Déclaration universelle des droits de l’homme fête ses 70 ans cette année, Michelle Bachelet rappelle qu’il y a eu beaucoup de progrès depuis l’adoption de cette déclaration, même « si c’est difficile à croire » en voyant toutes ces atrocités à la télévision.

« Pensez à 1948 : combien de pays autorisaient les femmes à voter, par exemple ; combien respectaient la liberté d'expression », dit-elle. « Le monde d’aujourd’hui est meilleur qu’il y a 70 ans ».

Pensez à 1948 : combien de pays autorisaient les femmes à voter, par exemple ; combien respectaient la liberté d'expression. Le monde d’aujourd’hui est meilleur qu’il y a 70 ans

 « Cela dit, il y a beaucoup de menaces visant le multilatéralisme et de reculs en matière de droits de l'homme », ajoute-t-elle. « Les défenseurs des droits de l'homme et la société civile voient leur espace se rétrécir. Ils sont attaqués. Des journalistes ont été tués ».

Selon elle, « la lutte pour les droits de l’homme ne finira probablement jamais, car c’est un processus dans lequel vous avancez, mais il y aura toujours des gens qui voudront reculer, que ce soit des gouvernements ou des groupes armés ». « La tâche de l'ONU est de garantir et de promouvoir l'ensemble du système des droits de l'homme. Et je ferai ce que je dois faire à ce sujet », assure Mme Bachelet.

Interrogée sur la Syrie et les violations des droits commises dans ce pays, la Haut-Commissaire souligne que pour que la paix soit durable, il est nécessaire que les responsables de violations rendent des comptes, qu’il y ait une justice transitionnelle.

S’agissant des droits des femmes, Michelle Bachelet rappelle qu’elle continuera à plaider pour que les femmes soient davantage entendues. A cet égard, elle souhaite développer un partenariat avec ONU Femmes et créer des synergies avec l’UNICEF. « Il ne s’agit pas de les remplacer », ajoute-t-elle. « Je pense que nous pouvons réfléchir à ce que nous pouvons faire ensemble ».