17 janvier 2017

 Les dirigeants des agences spatiales nationales, les responsables gouvernementaux et les représentants de la communauté spatiale du monde entier sont mis au défi d’attirer davantage de femmes dans l’industrie aérospatiale.

Les dirigeants des agences spatiales nationales, les responsables gouvernementaux et les représentants de la communauté spatiale du monde entier sont mis au défi d’attirer davantage de femmes dans l’industrie aérospatiale.

L’appel a été lancé par l’une des rares femmes leaders dans le secteur : l’astrophysicienne Simonetta Di Pippo, Directrice du Bureau des Nations Unies pour les affaires spatiales (UNOOSA). Basée à Vienne, l’UNOOSA promeut la coopération internationale dans l’utilisation et l’exploration pacifiques de l’espace et dans l’utilisation des sciences et technologies spatiales pour le développement économique et social durable.

Mme Di Pippo a étudié l’astrophysique et la physique spatiale à l’Université de Rome où elle était la seule femme dans une promotion de 10 personnes. Par la suite, elle a occupé des postes à responsabilité auprès de l’Agence spatiale italienne (ASI) et de l’Agence spatiale européenne (ESA), en plus de co-fonder une association pour les femmes dans l’industrie, avant de prendre son poste à l’ONU en mars 2014.
Ces derniers temps, l’UNOOSA s’est intéressé à une prise de conscience accrue du rôle de la technologie spatiale dans le soutien aux priorités de développement – un intérêt qui découle d’un rassemblement tenu à la fin de l’année dernière à Dubaï où la communauté spatiale mondiale s’est réunie pour discuter de sa contribution au développement durable.

Organisé par l’UNOOSA et le gouvernement des Emirats arabes unis, le Forum de haut niveau sur l’espace comme moteur du développement durable socio-économique a ouvert la voie à la commémoration en juin 2018 du 50e anniversaire de la première Conférence des Nations Unies sur l’exploration et la mise en valeur (UNISPACE + 50) qui devrait renforcer les efforts visant à façonner la gouvernance mondiale de l’espace à un moment où davantage de pays et d’acteurs non gouvernementaux sont de plus en plus impliqués dans les activités spatiales.

Dans un entretien à ONU Info, Mme Di Pippo a abordé les projets d’UNOOSA pour aider les pays en voie de développement à accéder à l’espace, et pour impliquer plus de femmes dans le secteur spatial.

ONU Info : Le Forum de haut niveau à Dubaï s’est concentré autour de quatre aspects de l’espace. Pouvez-vous nous en parler et nous dire pourquoi ils sont importants pour le développement durable?

Simonetta Di Pippo : Ce forum de haut niveau a été organisé dans le cadre de quatre piliers : l’économie spatiale, la société spatiale, l’accessibilité spatiale et la diplomatie spatiale. Nous croyons que les gouvernements, le secteur privé, le milieu universitaire et la société civile peuvent mieux comprendre pourquoi nous devrions accorder autant d’attention aux activités spatiales. Ainsi, les quatre piliers expliquent pourquoi nous faisons ce que nous faisons aux Nations Unies, à une époque où l’investissement dans l’espace peut parfois paraître inapproprié pour de nombreuses raisons. Si nous sommes capables de démontrer que les activités spatiales font vraiment partie de notre vie quotidienne et que la qualité de vie sur Terre s’améliore grâce aux activités spatiales, aux données spatiales et à ce que nous sommes capables de faire en terme de rassemblement de nombreux acteurs, cela peut aider les gouvernements à devenir des partenaires dans ce processus et aussi les pays en développement à être en mesure d’obtenir plus d’avantages et plus de retombées de l’utilisation des technologies spatiales sur Terre.

ONU Info : L’UNOOSA cherche à lancer la première mission de l’ONU dans l’espace. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Simonetta Di Pippo : Nous avons commencé à comprendre que l’accès à l’espace est vraiment important pour les pays en développement afin qu’ils fassent partie de cette communauté spatiale et obtiennent de plus en plus d’avantages dans leur participation à ce processus.

Nous travaillons avec la Sierra Nevada Corporation, qui a développé le véhicule Dream Chaser. C’est un vaisseau spatial assez intéressant parce qu’il décolle comme un objet spatial normal et revient comme un avion normal afin qu’il puisse atterrir sur une piste d’atterrissage normale. Ce que nous essayons de faire maintenant, c’est de mettre sur pied une mission qui devrait prendre son envol, nous l’espérons, d’ici la fin de 2021. Le plan de base actuel est d’être deux semaines en orbite et elle pourrait apporter entre 25-30 expériences. Ainsi, l’offre de participation, qui, je l’espère, sera lancée au second semestre de 2017, sera essentiellement ouverte aux pays en développement, mais aussi à d’autres. Les expériences seront sélectionnées selon le critère principal : c’est-à-dire qu’elles doivent être conformes aux objectifs de développement durable (ODD).

 

Les technologies spatiales contribuent à la réalisation des Objectifs de développement durable

ONU Info : L’un de vos objectifs est de faire progresser la participation et le leadership des femmes dans le secteur spatial. Vous voulez également encourager plus de femmes à étudier dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM), alors que leur nombre y est plutôt faible. Pourquoi est-il difficile d’attirer des femmes dans ce domaine?

Simonetta Di Pippo : Les raisons ne sont pas claires. Il y a beaucoup d’études en cours, à l’échelle mondiale. Alors qu’il y a de plus en plus de femmes diplômées, leur pourcentage dans le secteur spatial est plutôt faible. Et dans les positions de leadership, il n’y a pratiquement personne.

Pour expliquer cela, il y a beaucoup de raisons. C’est un domaine difficile. Vous avez besoin de beaucoup d’implication et de dévouement - mais les femmes sont très bonnes pour cela. L’équilibre entre les sexes et la représentation des femmes dans le secteur spatial ont toujours été l’une de mes priorités. Dans le cadre de du renforcement des capacités pour le 21e siècle, qui est l’une des priorités thématiques les plus importantes pour UNISPACE + 50, nos États membres nous demandent de travailler sur l’éducation STEM, en accordant une attention particulière aux femmes, en particulier les femmes dans les pays en développement.
Ainsi, nous avons élaboré un projet appelé ‘Espace pour les femmes’. J’aimerais attirer l’attention des États membres sur ce projet en souhaitant qu’ils apportent leur soutien sous forme de ressources financières.

ONU Info : Que pourrait-on faire d’autre pour encourager les femmes à étudier dans le domaine des STEM, ou pour soutenir les femmes qui travaillent déjà dans l’industrie spatiale?

Simonetta Di Pippo : C’est compliqué. Je peux vous parler de mon expérience. Il y a quelques années, je parlais à une dame qui m’a dit : « Vous êtes vraiment un exemple pour nous ». Et pour être honnête, j’ai regardé autour de moi en lui disant, «Vous me parlez? ».

A partir de ce moment-là, j’ai commencé à ressentir davantage de responsabilité envers les jeunes femmes et les autres femmes parce que : oui, si je suis considérée comme un exemple, alors je dois faire en sorte de vraiment apporter mon aide parce que si nous pouvons faire quelque chose, cela aidera toute la société à devenir meilleure. Et je suis convaincue que la diversité ne devrait pas être un problème, la diversité est un atout. Et ce qui compte, c’est le mérite réel de chacun de nous.

Si nous sommes traités équitablement, si nous avons les mêmes opportunités, alors c’est à nous de travailler dur, d’être impliqués afin d’obtenir ce que nous voulons. Et il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes. En principe, il ne devrait y avoir aucune différence. Il y a un certain nombre de préjugés chez les hommes et les femmes, je dois dire, et nous devons travailler là-dessus. Et il est évident que l’ONU est le meilleur environnement pour le faire parce qu’elle est si multiculturelle, si ouverte. C’est vraiment le bon endroit.

ONU Info : S’agissant de ‘L’Espace pour les femmes’ et des femmes dans l’espace, quel a été votre parcours?

Simonetta Di Pippo : Une des raisons pour lesquelles j’ai considéré l’espace comme mon domaine, c’est parce que j’avais dix ans quand le premier homme a mis le pied sur la lune. J’étais déjà un enfant focalisé sur la science, et je voulais faire quelque chose qui stimulerait mon cerveau. Et c’est exactement ce que je fais.

Après 30 ans de développement de vaisseaux spatiaux et d’envoi d’astronautes vers la station spatiale, en collaborant sur des projets réels, je regarde maintenant l’autre aspect de l’espace - comment utiliser l’espace au profit de l’humanité, comment l’espace peut contribuer à améliorer la qualité de vie sur Terre. C’est le bon moment dans ma carrière d’être aux Nations Unies et d’apporter mon expertise dans le développement d’énormes projets au profit de tous les États membres de l’ONU. Je suis donc très heureuse d’être ici maintenant!

ONU Info : Comment termineriez-vous la phrase suivante : « L’espace est important pour le développement durable parce que ... »

Simonetta Di Pippo : Les données et les infrastructures spatiales peuvent vraiment aider à la réalisation des objectifs de développement durable de différentes façons. Par exemple, à travers des images (satellite), des services d’information ou des applications. C’est la raison pour laquelle nous avons nommé l’ancien astronaute de la NASA Scott Kelly comme Champion des Nations Unies pour l’espace. Son rôle est de nous aider à mieux faire connaître les Objectifs de développement durable (ODD). En outre, un témoignage peut aider à accroître la prise de conscience du fait que chaque jour, chacun d’entre nous utilise entre 20 et 25 satellites. Nous ne le savons pas. Oui, nous le savons, mais le public, un peu moins. Scott a été dans l’espace, en regardant la Terre de l’extérieur, et en voyant à quel point elle est fragile. Il y a la question des changements climatiques et des débris spatiaux autour de la Terre, mais aussi la santé mondiale, la météo dans l’espace, l’eau et la sécurité alimentaire. Nous avons beaucoup de sujets pertinents pour les 17 SDG, y compris l’égalité des sexes. Vraiment, nous pouvons faire beaucoup pour aider le monde à devenir un monde meilleur.

 

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