Moyen-Orient : prouver à ceux qui croient en la violence et la confrontation qu’ils ont tort

25 janvier 2018

Le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov, a déclaré que « nous sommes tombés dans le paradigme de la gestion, davantage que dans celui de la résolution du conflit israélo-palestinien ». « Certains croient en des décisions unilatérales qui n’aboutiront qu’à une réalité à un État qui, laquelle est incompatible avec les aspirations des deux peuples. Et il y a ceux qui croient en la violence. Qui sont convaincus que la confrontation est la seule option. Ils ne reconnaissent pas le fait que Palestiniens et Israéliens – juifs, chrétiens et musulmans – ont un lien national, historique et religieux « légitime » à cette terre. Ils s’imaginent qu’une partie doit perdre pour permettre à l’autre de prévaloir, a dénoncé le haut fonctionnaire.

Nous – les Nations Unies, le Conseil de sécurité, la communauté internationale – avons la responsabilité de prouver que ceux qui croient en la violence et la confrontation ont tort. Alors que nous nous apprêtons à célébrer cette année le 25ème anniversaire des Accords d’Oslo, il faut se garder de renoncer à ces accords. Au contraire, « l’heure est venue de de favoriser les politiques de nature à renforcer la confiance sur le terrain ; l’heure est venue de se pencher sur les questions relatives au statut final sur la base d’un consensus international ; l’heure est venue de démontrer une volonté politique pour lever les obstacles à une solution durable ». Et quelle est cette solution ?, a demandé M. Mladenov. « Je crois qu’il s’agit de celle qui répondra à l’ensemble des préoccupations et permettra aux Israéliens et aux Palestiniens de vivre en paix et en sécurité en tant que voisins et partenaires dans deux États distincts. »

Maintenant est venue l’heure de faire preuve de leadership, a insisté le Coordonnateur spécial, pour qui il s’agit de prendre des mesures concrètes pour changer de cap, sous peine de s’exposer au risque d’un nouveau conflit et d’une catastrophe humanitaire. Il s’est ensuite dit profondément préoccupé par la réduction significative du niveau des contributions que font traditionnellement les États-Unis au budget de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). M. Mladenov s’est toutefois félicité de l’appel lancé par cet organisme en vue d’élargir sa base de donateurs internationaux, afin de maintenir la continuité des services qu’il fournit à 5,3 millions de réfugiés palestiniens.

Selon le haut fonctionnaire, le conflit israélo-palestinien continue d’avoir un coût humain élevé. Au cours du mois écoulé, en Cisjordanie comme à Gaza, les manifestations, accompagnées de niveaux de violences généralement bas, se sont poursuivis après la reconnaissance par Washington, le 6 décembre dernier, de Jérusalem comme capitale d’Israël. Depuis le 18 décembre, sept civils palestiniens, dont trois enfants, ont été tués par les Forces de sécurité israéliennes lors de telles manifestations et d’affrontements – quatre dans la bande de Gaza et trois en Cisjordanie – et deux autres Palestiniens ont succombé à leurs blessures subies lors des manifestations au cours des deux semaines précédentes. En outre, le 9 janvier, un civil israélien a été abattu près de Naplouse, a précisé M. Mladenov, qui a également mentionné la mort, lors d’un raid mené le 18 janvier à Djénine, d’un Palestinien et l’arrestation de plusieurs autres. Au cours de la période considérée, des militants palestiniens ont effectué huit tirs de roquettes et de mortier depuis Gaza en direction d’Israël, causant des dégâts matériels.

En représailles, les Forces de défense israéliennes ont pris pour cibles des installations militaires du Hamas et détruit un autre tunnel de Gaza qui s’étendait jusqu’en Israël et en Égypte, situé sous le point de passage de Kerem Shalom.

Par ailleurs, les activités de peuplement d’Israël se poursuivent malgré une condamnation internationale très large. Le 10 janvier, les autorités israéliennes ont présenté les projets relatifs à plus de 1 400 logements dans la zone C. En outre, la construction de neuf unités de logement à Psagot ayant été approuvée et quatre offres rendues publiques pour quelque 500 unités. « En comparaison, en 2017, à peine 50 appels d’offres avaient été publiés », a observé le Coordonnateur spécial. De plus, Tel-Aviv a annoncé qu’une dizaine de nouvelles offres pour 880 logements dans sept colonies serait publiée dans les semaines à venir. « La construction de colonies de peuplement est illégale en vertu du droit international et constitue l’un des principaux obstacles à la paix », a rappelé le haut fonctionnaire. Parallèlement, la démolition de structures appartenant à des Palestiniens se poursuit également, avec pas moins de 16 rasées au cours du mois écoulé, a relevé M. Mladenov. Le risque de démolition de 46 établissements scolaires dans la zone C et à Jérusalem-Est est particulièrement préoccupant, s’est-il alarmé.

À Gaza, l’aggravation de la crise sécuritaire et humanitaire contribue à la détérioration de la situation générale. La mise en œuvre de l’accord interpalestinien négocié par l’Égypte est à l’arrêt. « Les deux parties ont été incapables de parvenir à un accord sur la levée des principaux obstacles, y compris la collecte des impôts, le paiement des salaires aux employés du secteur public, le retour de l’administration gouvernementale dans les ministères et autres institutions et, en fin de compte, le contrôle de la sécurité à Gaza », a regretté M. Mladenov. Cependant, il s’est dit encouragé par le fait que les passages à Gaza sont contrôlés par les autorités palestiniennes légitimes depuis le 1er novembre dernier. Il s’est également dit satisfait par la décision prise, le 3 janvier, par l’Autorité palestinienne, de reprendre les paiements de la facture totale d’électricité achetée à Israël, permettant de fournir entre six et huit heures d’électricité par jour dans la Bande de Gaza. Mais, alors que le blocus par Israël se poursuit, le « cocktail explosif » de défis humanitaires, politiques et sécuritaires doit être « désamorcé » d’urgence, a mis en garde le Coordonnateur spécial, qui s’est donc félicité de la session extraordinaire du Comité de liaison ad hoc qui se tiendra en Norvège le 31 janvier au niveau ministériel.

Au Liban, les efforts continuent à consolider la stabilité après le retour du Premier ministre Hariri. Dans le cadre de la mise en œuvre du communiqué du groupe de soutien international de Paris du 8 décembre, les préparatifs sont en cours pour une conférence de soutien aux forces armées libanaises et à la sécurité, qui se tiendra fin février en Italie. Et la situation dans la zone d’opérations de la FINUL est restée généralement calme au cours du mois écoulé, a encore noté M. Mladenov.

Revenant au conflit israélo-palestinien, le Coordonnateur a déclaré qu’il est temps de briser le « cycle destructeur » en cours de divisions et de recommencer à poser les fondations de la paix.

(Extrait sonore : Nickolay Mladenov, Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient)

 

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