Soudan du Sud : les violations de l’Accord de cessation des hostilités sapent les efforts de paix

25 janvier 2018

Devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, s’est félicité de la signature, le 21 décembre dernier, d’un Accord de cessation des hostilités, de protection des civils et d’accès humanitaire entre les parties sud-soudanaises. Cependant, a-t-il déploré, l’Accord conclu dans le cadre de la première phase du Forum de haut-niveau pour la revitalisation organisé par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a été violé à plusieurs reprises par les parties. Ces violations et la propagande hostile menée par chacune des parties attestent du manque d’engagement authentique à honorer leurs obligations, a regretté M. Lacroix. Ce faisant, elles sapent les efforts régionaux et international d'appui au processus de paix.

Le chef des Casques bleus, soulignant que la situation en matière de sécurité restait inquiétante, a condamné ces violations et a rappelé que tant le Secrétaire général des Nations Unies que le Président de la Commission de l’Union africaine les avaient également condamnées et souligné leur intention claire d’appuyer toute mesure qui feraient que les parties assument les conséquences de leurs actes, conformément au Communiqué du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine du 20 septembre 2017.

«Les parties sud-soudanaises doivent comprendre que la communauté internationale et la région n’accepteront pas qu’un Accord soit signé puis violé en toute impunité», a averti le Secrétaire général adjoint, qui a encouragé le Conseil de sécurité à se prononcer très clairement en ce sens.

Après avoir détaillé plusieurs incidents ainsi que des affrontements communautaires, le Secrétaire général adjoint s’est néanmoins dit encouragé par l’inauguration, prévue demain, par le Représentant spécial et Chef de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS), d’une nouvelle base de la Mission à Yei, en Equatoria central, dans une région frappée par de nombreuses pertes en vies humaines du fait des affrontements. Il a ensuite précisé d’autres mesures prises par la MINUSS pour se projeter, établir la confiance, faciliter le travail des acteurs humanitaires et mieux s’implanter dans les zones contrôlées par l’opposition.

M. Lacroix a également rappelé que le déploiement de la Force de protection régionale se poursuivait, en même temps que les discussions avec l’Éthiopie et le Rwanda pour accélérer le déploiement des corps principaux des deux bataillons d’infanterie de ces deux Etats. Actuellement, la Force de protection régionale a déployé 759 soldats au Soudan du Sud.

Le Secrétaire général adjoint s’est en outre dit préoccupé par les atteintes aux droits de l'homme, et notamment par les violences sexuelles liées au conflit. Quant aux convois humanitaires, ils continuent de se heurter à des points de contrôle, des extorsions et du harcèlement.

Enfin, M. Lacroix a rappelé que la deuxième phase du Forum de haut-niveau pour la revitalisation devait commencer le 5 février à Addis Abeba et se concentrer sur la gouvernance, les arrangements transitoires de sécurité et le cessez-le-feu permanent.

De son côté, la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe, Ursula Mueller, a indiqué que le Plan d'aide humanitaire de 2018 pour le Soudan du Sud venait d’être lancé, en vue d’aider six millions de personnes ayant besoin d’une protection vitale, soit plus de la moitié de la population, « même après que plus de deux millions de Sud-Soudanais ont fui le pays ». Environ 1,9 million de personnes restent déplacées à l’intérieur du pays, a-t-elle précisé.

Le montant du Plan d’aide humanitaire de 2018 est fixé à hauteur de 1,7 milliard de dollars, ce qui rend le fait de trouver des fonds additionnels absolument nécessaire, dans un contexte marqué par une insécurité alimentaire aigue qui désormais touche 5,1 millions de personnes, une hausse par rapport à l’automne dernier. Parmi cette population, près de 1,5 million de personnes frôlent la famine, et 20 000 environ sont déjà touchés par ce fléau. La prochaine période de soudure, qui débute en mars, devrait probablement aggraver l’insécurité alimentaire.

Ursula Mueller s’est ensuite dite préoccupée par les niveaux élevés de violences sexuelles. En 2018, les partenaires humanitaires ont estimé à 1,8 million le nombre de femmes et de filles qui risquent de subir de telles violences. C’est la raison pour laquelle les partenaires humanitaires se mobilisent pour prêter assistance à près de 400 000 personnes vulnérables de plus que l’an dernier, a précisé Mme Mueller.

Malgré tout, l’ONU et ses partenaires humanitaires ont réussi à venir en aide à plus de 5,4 millions de personnes au Soudan du Sud l’an dernier, s’est félicitée Mme Mueller. Selon elle, plus de 5,1 millions ont reçu une aide alimentaire et des articles de première nécessité ; plus de 2,5 millions des trousses de secours d’urgence, et environ 900 000 enfants et femmes enceintes ou allaitantes des aliments nutritifs. En outre, plus de 2,1 millions de Sud-Soudanais ont bénéficié de programmes d’assainissement, et près de 900 000 d’articles d’urgence, dont des couvertures et des moustiquaires.

En conclusion, la Sous-Secrétaire générale a appelé les membres du Conseil de sécurité à aider à mobiliser les bailleurs de fonds en faveur du Plan d’aide humanitaire, et à user de leur influence pour que les parties au conflit respectent toutes leurs obligations en vertu du droit humanitaire internationale, notamment s’agissant de la protection des civils et des personnels et des biens humanitaires.

(Extrait sonore : Mise en perspective par Jérôme Longué)

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.