Mali : une course contre la montre face à l’insécurité croissante

23 janvier 2018

Devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix a estimé que le temps presse et que nous sommes confrontés à une course contre la montre constante au Mali. Selon lui, le pays fait face à une insécurité grandissante qui a coûté la vie à des centaines de civils, ainsi qu’à plusieurs dizaines d’éléments des forces de défense et de sécurités maliennes, de Casques bleus et d’éléments de la Force Barkhane au cours de l’année écoulée.

Le chef des casques bleus a regretté que, plus de deux ans après la signature de l’accord de paix, le projet de stratégie de développement des régions du nord n’ait pas été approuvé, ce qui prive une large portion des populations du Nord des dividendes tant attendus de la paix. « Les acteurs humanitaires estiment qu’en 2018, 4,1 million de Maliens, soit 22% de la population, seront en situation d’insécurité alimentaire, une proportion encore plus élevée dans les régions du nord et du centre où 30 à 40% de la population serait affectée », a dit le Secrétaire général adjoint.

Pour Jean-Pierre Lacroix, l’objectif doit être à présent de créer les conditions propices à la tenue des élections présidentielles en juillet prochain et à la poursuite du processus de paix. M. Lacroix a insisté sur la nécessité d’encourager le gouvernement à lancer la mise en œuvre de mesures phares de l’accord, à savoir la décentralisation et la réforme du secteur de la sécurité. Devant l’aggravation continue de la situation dans le centre du pays, cible d’attaques terroristes répétées, la MINUSMA a renforcé son soutien aux forces de défense et de sécurité maliennes après la signature d’un mémorandum d’accord avec le gouvernement le 8 novembre dernier. Le Secrétaire général adjoint a aussi salué les progrès réalisés dans l’opérationnalisation de la Force conjointe du G5 Sahel, qui a lancé sa deuxième opération, ainsi que la mise en place par le Secrétariat du G5 Sahel d’une cellule de coordination pour superviser les opérations de la Force conjointe.

Les partenaires au développement intensifient également leurs efforts, a noté M. Lacroix. Depuis octobre 2017, le Fonds pour la consolidation de la paix a lancé quatre projets axés sur les régions de Mopti et de Ségou pour un montant total de huit millions de dollars. « Ces projets visent à renforcer la participation des femmes et des jeunes aux efforts de réconciliation et à prévenir les conflits intercommunautaires, notamment en rétablissant les mécanismes traditionnels de médiation des conflits », a expliqué le haut fonctionnaire.

Jean-Pierre Lacroix a estimé que l’adoption, lors de la dernière réunion du Comité de suivi de l’Accord de paix, les 15 et 16 janvier, d’un « chronogramme » d’actions prioritaires à mettre en œuvre dans le cadre de l’Accord de paix constitue une étape importante.

Le chronogramme comporte toute une série de mesures qui devraient permettre, d’ici à la fin du mois de mars, de progresser dans les arrangements institutionnels, (notamment la mise en conformité du Code des collectivités territoriales avec l’Accord de paix, l’opérationnalisation des autorités intérimaires et les collèges transitoires, ainsi que les collectivités territoriales dans les régions de Ménaka et Taoudenit). « Le chronogramme pourrait aussi permettre de faire des progrès dans les arrangements sécuritaires et de relancer le chantier de la mise en place de la zone de développement des régions du Nord », a précisé le haut fonctionnaire.

Cependant, a relevé Jean-Pierre, il importe désormais, à moins de six mois des élections présidentielles prévues à la mi-juillet, que le Gouvernement et les mouvements signataires fassent tout leur possible pour respecter ce nouvel échéancier. Il a rappelé qu’il y a près d’un an, le 10 février 2017, une réunion ministérielle de haut niveau du Comité de suivi de l’accord avait abouti à une feuille de route pour la mise en place des autorités intérimaires et le démarrage des patrouilles mixtes, ainsi qu’à la création d’un cadre de concertation permanent entre les parties signataires, la médiation internationale, et les partenaires clés. « Malheureusement, force est de constater aujourd’hui que ces mesures n’ont pas été suivies d’effet », a-t-il regretté.

Par ailleurs, Jean-Pierre Lacroix a salué le fait que le premier déplacement de Soumeylou Boubeye Maiga, le nouveau Premier ministre du Mali nommé le 30 décembre 2017, ait été réservé à l’Algérie, chef de file de la Médiation. Selon lui, il faut espérer que les consultations menées avec les autorités algériennes permettront d’impulser la dynamique attendue avec les autres parties signataires en vue de surmonter les divergences constatées ces derniers mois. « Je voudrais souligner en particulier la controverse suscitée par la promulgation du Code des collectivités territoriales ainsi que les divergences persistantes sur la question des quotas et des critères d’intégration indispensables pour le lancement du cantonnement et de la réforme du secteur de la sécurité », a précisé le Secrétaire général adjoint.

Il est également à espérer, a dit le chef des opérations de maintien de la paix, que les consultations constructives entre les parties en amont de la réunion du Comité de suivi de l’accord des 15 et 16 janvier leur permettront dans les jours qui viennent de respecter le chronogramme conclu lors de cette réunion. « Ceci est indispensable pour garantir une cohérence entre l’accord de paix et le cadre juridique sur la décentralisation et poser les jalons pour la tenue, dans des conditions de sécurité optimales, des élections locales et régionales au mois d’avril 2018. » Jean-Pierre Lacroix a par ailleurs encouragé les parties signataires à consacrer les mois à venir à l’élaboration d’une feuille de route énonçant leur vision des nouvelles institutions maliennes de défense et de sécurité et les différentes étapes de la réforme. « Un consensus sur les étapes à venir permettrait le lancement de processus de cantonnement et de démobilisation, désarmement et réinsertion et de favoriser ainsi la réduction de l’insécurité dans les régions du nord. »

Cinq ans après la création de la Mission et deux ans et demi après la signature de l’accord de paix, il est temps de réévaluer les hypothèses qui sous-tendent la présence de la MINUSMA, de revoir ses principales missions à la lumière des progrès accomplis sur le terrain dans le cadre d’un examen stratégique complet, a déclaré le Secrétaire général adjoint. Alors que la résolution 2364 (2017) priait le Secrétaire général d’élaborer, dans un délai de six mois, un plan stratégique prévoyant l’exécution échelonnée du mandat de la MINUSMA et la présentation d’un plan de transition, Jean-Pierre Lacroix a estimé que pour assurer un « impact maximal », il serait préférable que ces deux éléments bénéficient des résultats de l’examen stratégique qui doit être conduit dans les prochaines semaines. C’est la décision qui a été prise, a-t-il conclu.

(Extrait sonore : Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix)

 

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