Construire un partenariat régional en Afghanistan et en Asie centrale pour lier sécurité et développement

19 janvier 2018

Le Conseil de sécurité réuni sous la présidence du Kazakhstan au niveau ministériel, a entendu ce matin, l’exposé du Secrétaire général de l’ON. António Guterres, a souligné le rôle particulier des pays d’Asie centrale dans la paix, la stabilité et le développement en Afghanistan. La sous-région a réalisé d’importants progrès en matière de développement durable au cours des dernières décennies, a relevé le chef de l’Organisation. « Au Tadjikistan, par exemple, le taux de pauvreté a été divisé par deux, passant de 81% en 2003 à 31% en 2015. » Mais les pays de cette région, privés de littoral, ne pourront jamais réaliser seuls tout leur potentiel, a-t-il rappelé, en faisant observer que la croissance, la hausse des opportunités professionnelles et la prospérité dépendent d’une coopération et d’une intégration économiques accélérées. Or, bien que la Route de la Soie soit l’une des voies commerciales les plus empruntées au monde depuis des siècles, les échanges entre pays d’Asie centrale ont décliné depuis leur accession à l’indépendance il y a près de 30 ans. Les possibilités de commerce intrarégional sont importantes, et même des améliorations modestes peuvent entraîner des gains substantiels pour tous les habitants de la région, a-t-il dit.

Lors de sa visite en Afghanistan, au Kazakhstan, au Kirghizistan, au Tadjikistan, au Turkménistan et en Ouzbékistan en juin dernier, le Secrétaire général a observé que de nouveaux efforts sont déployés pour mieux gérer les ressources en eau, essentielles au développement économique de la région. « Ces ressources subissent des pressions sans précédent, alors que près de 30% des glaciers spectaculaires du Tadjikistan ont fondu au cours des dix dernières années seulement. Le sort de la mer d’Aral est un terrible avertissement quant aux conséquences d’une mauvaise gestion des ressources hydriques. Nous devons faire de ces catastrophes écologiques le moyen de stimuler la coopération et l’action », a analysé M. Guterres.

Il s’est donc félicité de constater que les gouvernements d’Asie centrale ont récemment commencé à intensifier leur coopération dans ce domaine par le biais de commissions et d’accords bilatéraux. Ces développements sont porteurs d’importantes leçons pour l’Afghanistan, où l’agriculture représente près de la moitié de l’économie. Au cours de son déplacement en Asie centrale, le haut fonctionnaire s’est dit encouragé par l’évolution positive de la coopération énergétique, fondamentale pour promouvoir le développement et la sécurité. Plusieurs initiatives transfrontalières sont actuellement prévues ou en cours, notamment le projet énergétique Asie centrale-Asie du Sud, un gazoduc reliant le Turkménistan à l’Afghanistan, au Pakistan et à l’Inde, de même qu’une nouvelle ligne électrique entre l’Ouzbékistan et l’Afghanistan, a relevé le haut fonctionnaire.

Selon lui, la hausse des échanges commerciaux est une condition préalable à la croissance, au développement durable et à la résilience contre les chocs économiques externes. « Aussi devrions-nous nous appuyer sur les initiatives de la société civile dans ce domaine pour rapprocher les communautés de part et d’autre des frontières, y compris les organisations de femmes, qui servent de médiatrices pour atténuer les tensions locales et développent des projets d’infrastructure conjoints », a fait valoir M. Guterres. Il a cet égard salué le programme ambitieux du Kazakhstan pour les étudiants afghans. « Ces dernières années, plus de 500 étudiants afghans ont obtenu leur diplôme universitaires ou techniques au Kazakhstan et près de 500 autres y terminent leurs cursus. Le Kazakhstan a engagé 50 millions de dollars à l’appui de cette initiative ».

Les pays d’Asie centrale limitrophes de l’Afghanistan améliorent actuellement les infrastructures transfrontalières, tandis que l’Ouzbékistan a mis en place des vols directs entre Tachkent et Kaboul l’an dernier. Plusieurs projets de chemins de fer et de lignes électriques sont à l’œuvre, créant des connexions physiques entre l’Afghanistan et ses voisins du nord, y compris le chemin de fer « Lapis Lazuli » reliant le Turkménistan à l’Afghanistan, a ajouté le Secrétaire général.

Pour lui, les problèmes sécuritaires continuent de façonner le débat sur l’Afghanistan et l’Asie centrale. « La lutte du gouvernement afghan contre l’extrémisme violent, le terrorisme et la criminalité transnationale organisée a des répercussions sur l’ensemble de la région et au-delà. Répondre à ces menaces ne peut pas être la seule responsabilité du gouvernement afghan. Un contre-terrorisme efficace repose sur une coopération régionale et multilatérale fondée sur les droits de l’homme est indispensable », a préconisé M. Guterres. Dans cette perspective, les cinq pays d’Asie centrale ont achevé la deuxième phase du Plan d’action conjoint pour la mise en œuvre de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies adoptée en 2011. Ce plan régional met en commun les pratiques optimales et les leçons apprises, reflétant l’engagement commun des cinq pays de la sous-région à s’attaquer et à vaincre le terrorisme, avec le soutien des Nations Unies.

Pour le Chef de l’Organisation, la coopération régionale offre la possibilité de répondre à des préoccupations communes, notamment de lutter contre le financement du terrorisme, améliorer la sécurité aux frontières, favoriser le dialogue avec les institutions et les dirigeants religieux et lutter contre la traite des êtres humains et le trafic de drogue. La prochaine réunion du Processus de Kaboul pour la coopération en matière de paix et de sécurité sera l’occasion pour le Gouvernement afghan de définir sa vision d’un processus de paix et de sécurité mieux structuré et coordonné dans une perspective régionale, a annoncé le Secrétaire général.

(Extrait sonore : mise en perspective par Jérôme Bernard)

 

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