Pourparlers sur la Syrie à Astana : l’appel de Jan Egeland sur le drame à la Ghouta orientale

21 décembre 2017

Près d’une semaine après la fin de la huitième série des pourparlers intrasyriens de Genève, l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie est attendu à Astana où doivent se tenir des négociations entre Damas et les groupes rebelles syriens. Dans la capitale du Kazakhstan, Staffan de Mistura participera à ces négociations qui sont parrainés par la Russie et l’Iran, alliés de Damas, et par la Turquie, soutien de l’opposition. Ces pourparlers qui seront menés à huis clos ce jeudi, doivent déboucher vendredi sur une déclaration finale. Le sort des otages et des prisonniers, la livraison de l’aide humanitaire et le fonctionnement des zones dites de « désescalade » seront notamment évoqués.

Il s’agit du huitième round de négociations entre Damas et groupes d’opposition à Astana, où le processus de paix se concentre sur les questions militaires et techniques et se déroule en parallèle à celui, politique et sous égide de l’ONU, de Genève. Le processus de paix d’Astana a notamment abouti à la mise en place de quatre zones de désescalade en Syrie : dans la région d’Idlib (nord-ouest), dans celle de Homs (centre), dans la Ghouta orientale, près de Damas, ainsi que dans le sud.

Suite à une réunion du Groupe de travail sur l’accès humanitaire, le Conseiller spécial de l’Envoyé spécial de l’ONU a notamment attiré l’attention sur la situation dramatique dans la Ghouta orientale, une enclave à l’Est de Damas où les civils restent toujours piégés par les violences, soumis à des bombardements quasi quotidiens et coupés de l’aide humanitaire. Lors d’un point de presse ce jeudi à Genève, Jan Egeland a indiqué que près de 400.000 personnes sont toujours prises au piège dans la Ghouta, assiégée par le régime depuis la mi-2013 et où des cas de malnutrition ont été rapportés parmi les habitants, dont la moitié sont des enfants.

Ces dernières semaines, l’ONU n’a eu que très peu d’accès de cette enclave où 494 malades y attendent d’être évacués d’urgence depuis deux mois. L’ONU demande en vain depuis des semaines de pouvoir évacuer de la Ghouta ces malades, mais les humanitaires n’ont toujours pas reçu le feu vert de Damas. Au moins seize de ces malades sont décédés, a déclaré Jan Egeland, détaillant notamment le décès par malnutrition d’un bébé de neuf mois. Ce bébé est décédé le 14 décembre, au dernier jour du dernier round des pourparlers de paix sur la Syrie à Genève, qui se sont achevés sur un nouvel échec, a-t-il ajouté très ému.

« J’espère qu’il y a une cessation des hostilités dans et pour la Ghouta orientale. Cela nous aiderait certainement à envoyer l’aide humanitaire avant que la faim n’empiète sur l’ensemble de la population et pour qu’on puisse évacuer les malades. Pourtant l’ironie est bien sûr que la Ghouta orientale a déjà été déclarée une fois zone de désescalade. Et pendant un certain temps, ça l’était et ce n’est plus le cas maintenant », a-t-il fait remarquer.

Par conséquent, « nous avons besoin de redynamiser les efforts. J’espère que dans les prochains jours, après les réunions d’Astana, nous aurons une sorte d’impulsion pour un changement de l’aide humanitaire. L’Envoyé spécial de l’ONU sur la Syrie sera là-bas et nous avons une équipe technique sur place mais Astana est sous l’égide de la Russie, la Turquie et l’Iran », a ajouté Jan Egeland.

Selon le Conseiller de Staffan de Mistura, cette situation dans la Ghouta orientale « doit prendre fin ». « Comment pouvons-nous prendre des vacances et fêter Noël en paix alors que ce sont les plus innocents qui souffrent le plus, qui meurent non pas parce qu’il n’y a pas d’aide (à acheminer), non pas parce qu’il n’y a pas de personnes prêtes à se rendre sur place malgré le danger, mais parce qu’ils font partie d’un jeu de pouvoir entre hommes de pouvoir, armés et grassement nourris ? », a-t-il déploré.

Malgré tous ces obstacles et défis auxquelles font face les organisations humanitaires sur le terrain, les agences de l’ONU et leurs partenaires ont depuis le début de l’année réussi à fournir de l’aide à presque 811.000 Syriens dans les zones assiégées et les localités difficiles d’accès.

(Extrait sonore : Jan Egeland, Conseiller spécial de l’Envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie)

 

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