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Haïti : le Conseil de sécurité discute de la fin programmée de la MINUJUSTH

Des membres de l'Unité de police constituée rwandaise de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) lors de la visite en février 2018 à Jérémie de la Sous-secrétaire générale de l’ONU, Bintou Keita (archives).
Photo ONU/Leonora Baumann
Des membres de l'Unité de police constituée rwandaise de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) lors de la visite en février 2018 à Jérémie de la Sous-secrétaire générale de l’ONU, Bintou Keita (archives).

Haïti : le Conseil de sécurité discute de la fin programmée de la MINUJUSTH

Paix et sécurité

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni mercredi pour discuter de la fin programmée de la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), dont le mandat devrait s’achever en octobre cette année. 

Le chef des opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a expliqué aux membres du Conseil que les efforts pour améliorer la situation de sécurité ont donné des résultats mitigés ces derniers mois, dans un contexte d'incertitude politique avec la chute du gouvernement.

M. Lacroix a noté qu’aucune manifestation violente n’a eu lieu depuis les 10 jours de manifestations en février, qui ont fait 41 morts et 100 blessés.

Selon lui, la Police nationale haïtienne a continué de démontrer sa capacité à faire face aux menaces à la sécurité dans le pays, notamment en planifiant et en menant des opérations anti-gangs, avec un soutien limité de la MINUJUSTH.

« La fin du maintien de la paix en Haïti est à portée de main », a dit M. Lacroix lors de cette réunion à laquelle participait le Ministre haïtien des affaires étrangères, Edmond Bocchit. « Alors que l’évolution de la situation en Haïti depuis juillet dernier a confirmé la fluidité politique et la fragilité économique du pays, nous ne pouvons pas perdre de vue les progrès réalisés au cours des années et plus récemment dans le renforcement des institutions du pays, avec la Police nationale haïtienne au premier plan ».

Dans ce contexte, le chef des opérations de paix a déclaré que l’ONU appuyait le souhait des dirigeants haïtiens de mettre fin au maintien de la paix en Haïti et au mandat de la MINUJUSTH en octobre de cette année, ainsi que leur souhait que les autorités haïtiennes prennent pleinement en charge la sécurité du pays et la responsabilité qui en découle.

« Nous avons confiance en la capacité de la Police nationale haïtienne (PNH) à gérer les risques pour la sécurité sans appui opérationnel international. Les Nations Unies continueraient pour leur part à fournir des conseils stratégiques pour le développement institutionnel de la PNH et pour le renforcement de ses capacités logistiques, y compris par le biais d’une assistance bilatérale », a-t-il dit.

Il a rappelé la recommandation du Secrétaire général de continuer à accompagner Haïti avec bons offices, droits de l'homme et capacités de conseil. Selon M. Lacroix, le petit bureau de conseil stratégique recommandé « constitue la configuration idéale pour répondre à de tels besoins en Haïti à ce stade ».

Des violations graves des droits de l’homme malgré des progrès

Dans un exposé devant les membres du Conseil, la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a également noté que la situation en Haïti était très différente aujourd’hui par rapport à 2004, quand les Casques bleus ont été déployés.

« Si l'ampleur des violations des droits de l'homme enregistrées alors ne correspond pas à la situation actuelle, de graves problèmes structurels persistent. Les griefs sociaux, la corruption et la faiblesse des institutions constituent des obstacles majeurs à la réalisation des droits de l'homme en Haïti », a-t-elle souligné.

Mme Bachelet a également noté qu’en dépit d'améliorations notables du professionnalisme de la Police nationale haïtienne, des incidents de violations graves des droits de l'homme, notamment des exécutions sommaires, continuent d'être signalés, avec une reddition des comptes limitée.

« La faiblesse du système judiciaire a également un impact négatif sur le système pénitentiaire », a-t-elle ajouté.

La cheffe des droits de l’homme s’est dit encouragée par l'implication de la société civile pour promouvoir et protéger les droits de l'homme et accompagner les victimes de violations des droits de l'homme, mais elle a noté que certaines organisations de la société civile continuent d’être visées par des actes d’intimidation. « Cela doit cesser », a-t-elle dit.

Mme Bachelet a estimé qu’il fallait reconnaître les progrès accomplis mais qu’il fallait poursuivre les efforts. Elle a encouragé le Conseil de sécurité « à fournir au peuple haïtien l'appui nécessaire pour renforcer les institutions, lutter contre l'impunité et promouvoir et protéger les droits de l'homme en tant que fondement de la stabilité et du développement ».